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Le libertarianisme de gauche, vaste courant de pensée

Discussion dans 'Débats' démarrée par Forest-Source, 19/5/18.

  1. Forest-Source

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    Bonjour à tous ! Aujourd'hui je me suis dit grâce à Kiss, que je remercie pour l'idée, que nous pourrions débattre d'une philosophie politique peu connu en Europe de l'Ouest et en France, mais avant d'en venir à ce pan particulier de l'idéologie, il convient de définir plus largement ce qu'est le libertarianisme, vaste mouvement d'orientation libertaire mais étant différent sur plusieurs points d'autres mouvements semblables.

    Le libertarianisme est une doctrine politique qui préconise des institutions étatiques ou non, totalement dédiées à la protection sans limite de la liberté des individus : propriété de soi, principe de non-agression et respect intégral de la liberté d'expression et des modes de vie de chacun en sont les maîtres-mots. Toutefois, le libertarianisme comporte de nombreuses branches et n'implique pas forcément l'abolition de l'Etat, certains penseurs préconisant un Etat minimal fortement limité aux fonctions régaliennes (défense, diplomatie, voire justice, etc). Mais surtout, le libertarianisme étant un courant si fragmenté qu'il en existe plusieurs bords malgré des frontières souvent floues et des partages de plusieurs caractéristiques à gauche et à droite, telle que l'écologisme.

    Le plus connu se trouve à droite et demeure toujours très connu dans son terreau de référence, les Etats-Unis : comptant des variantes comme le minarchisme libéral et l'anarcho-capitalisme, ses partisans sont en faveur d'un respect intouchable de la propriété privée et d'un libre-marché totalement déréglementé, partant du principe que cela stimulera l'activité économique et entrepreneuriale locale. On trouve aussi les agoristes, rejetant le libre-marché "officiel" et exerçant leurs activités au sein des marchés noirs ou des réseaux parallèles. Ce libertarianisme de droite est particulièrement alimenté par des penseurs comme Nozick et Rothbard

    Mais il existe également un libertarianisme de gauche, moins connu, qui va d'une forme modérée en faveur d'un capitalisme autogéré ou d'un actionnariat ouvrier dans un Etat ultra-minimal à une forme radicale désirant un libre-marché non-capitaliste et une autogestion des travailleurs dans un cadre anarchiste et associatifs. Ainsi le libertarianisme de gauche possède des racines historiques riches et profondes, empruntant beaucoup à la rhétorique marxiste et aux travaux de plusieurs intellectuels tels que Steiner et Van Parijs. Il se nourrit à la fois des expériences libertaires du passé et des interrogations sociologiques du présent, ce qui en fait un libertarianisme hybride et à la croisée de plusieurs visions.

    On constate également l'émergence de nos jours de plusieurs initiatives libertariennes ou pouvant être qualifiées ainsi, comme Wikipédia, dont le fondateur est souvent décrit comme libertarien tout comme le principe intégralement volontariste et coopératif du site, ou encore le bitcoin, monnaie ultra-décentralisée fonctionnant sur le principe du blockchain et assurant à chacun la possibilité de "miner" afin d'être en quelque sorte son propre actionnaire.

    Que pensez vous donc de ce libertarianisme de gauche, tentant de concilier liberté individuelle absolue avec une approche égalitariste et socialiste de l'économie et de l'écologie ? Pour ma part je considère ce mouvement comme brillant, lequel n'est pas seulement une conviction pour ma part mais un moyen unique et alternatif d'envisager et d'observer les dynamiques sociales contemporaines sur la base d'un projet qui propose des mécanismes politiques et économiques peu explorés. Il permet ainsi une remise en question radicale et profonde de la mondialisation financiarisée et du consumérisme post-Seconde Guerre Mondiale afin de théoriser des modèles réalistes d'altermondialisme basés sur l'action citoyenne et le commerce équitable.

    La parole est à vous ! Veuillez juste noter que j'apprends chaque jour et qu'il est possible que je me trompe sur plusieurs sujets ou en ignore un certains nombre, donc soyez indulgents surtout !
     
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  2. FmN

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    Je vois pas franchement l'intérêt de ces courants par rapport au communisme libertaire ou de manière plus générale aux courants de gauche anti-autoritaire "classiques". Pour moi c'est vraiment un truc d'américains qui y sont prédisposés par leur culture ultra-individualiste, mais en Europe ça a a priori pas vraiment de potentiel.

    Le mouvement qui s'en rapproche le plus qui a pu se développer en France c'est l'anarchisme individualiste, et bon c'est bien gentil en théorie mais en pratique ça va rarement très loin. Les individualistes rejetant toute forme d'organisation collective "classique" (partis, syndicats, fédérations...) et même l'idée révolutionnaire, la mise en pratique se limite à des communautés indépendantes (typiquement la ZAD aujourd'hui) qui sont évidemment importantes d'un point de vue symbolique, pour montrer que d'autres formes d'organisations sont possibles, mais qui n'ont pas vraiment de potentiel de changement de la société dans son ensemble.
     
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  3. Forest-Source

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    L'intérêt de ces mouvements, au delà du fait qu'ils n'ont pas toujours été dans une théorisation excessive comme tu le dis, est qu'ils brassent entre plusieurs influences et dogmes ce qui, à mon sens, n'est pas négligeable si l'on s'en réfère au caractère hybride des altermondialismes actuels, lesquels cherchent le consensus et l'hybridation. Evidemment qu'on est sur une logique assez individualiste, mais il ne faut toutefois pas oublier qu'il s'agit bel et bien d'une forme d'organisation plausible dans le cadre d'une coopération volontariste dans un système autorégulé par l'Homme. Pour moi l'échelle individualiste n'est pas un problème si elle est mûrement réfléchie dans le cadre d'un véritable projet économique et social.

    D'autre part le libertarianisme ne se réduit pas aux seuls USA, et surtout pas le courant de gauche qui a beaucoup plus été débattu en Europe et a bénéficié des travaux de Proudhon ainsi que d'autres. Je n'approuve absolument pas les idées du libertarianisme de droite, lesquelles me paraissent souvent insensées et dangereuses pour les classes populaires et moyennes. Nous somme d'accord là dessus pour dire qu'il s'agit d'un truc purement américain sur une lignée ultra-individualiste et pro-capitalisme débridé, mais affirmer une chose semblable pour le courant de gauche me paraît précipité...bien au contraire, des courants comme le mutualisme préconisent au contraire la libre entreprise sociale et l'autogestion prononcée des travailleurs dans le cadre d'un système de don contre échange avec redistribution fine des fonds et des biens. En ce sens je ne pense pas qu'on puisse évoquer un individualisme particulier là dedans, si ce n'est bien évidemment, point commun de tout les libertarianismes, la propriété de soi intouchable. Mais au fond, quel est le problème là dedans ?

    Pour moi c'est au contraire une qualité exceptionnelle : je respecte tes opinions bien-sûr, mais pour moi le problème de nombre de courants de l'extrême-gauche à rapprocher avec l'anarcho-syndicalisme ou collectivisme, c'est qu'ils restent trop enfermés dans la rhétorique marxiste, voire parfois dans le concept de dictature du prolétariat. Ils refusent l'hybridation et le mélange des doctrines pour parvenir à un consensus plus réaliste ce qui me paraît réellement dommage. A l'exception de quelques expériences qui ont fonctionné de façon extraordinaire (je pense à l'expérience catalane de 1936 même si je ne connais pas tous les détails), je crois sincèrement que, de nos jours, il est tout simplement impossible de réaliser un projet semblable alors que la mondialisation financiarisée a fait déjà pas mal de dégâts et que les peuples occidentaux rejettent de plus en plus, du moins dans l'UE, la politique politicienne comme je me plais à la nommer.

    Le point fort du libertarianisme de gauche, c'est non pas de vouloir détruire l'establishment, aussi vorace et injuste soit-il, mais de vouloir le changer de l'intérieur en créant une économie socialiste de libre-marché égalitariste, et nombre de courants altermondialiste, non sans jusqu'à aller à ce raisonnement, préconise des débuts de mesure plus faisable qu'une révolution menée par le prolétariat, laquelle fera écrouler l'équilibre sociétal et économique du pays. Quant à l'individualisme du mouvement, il ne me choque absolument pas et je le trouve même tout à fait normal, l'individu devrait avoir le droit de construire une société juste sans forcément être embrigadé dans un collectif H24. Par ailleurs je ne m'oppose pas vraiment au revenu universel tant qu'il ne menace pas le travail (et par travail, j'entends décent et respectueux des droits de l'Homme, non pas le quasi-esclavagisme mené par les multinationales).

    Je ne me rattache pas spécifiquement à une variante du libertarianisme de gauche, mais ma vision des choses seraient un Etat minimal avec un secteur public modernisé et un strict contrôle de la banque de France, le tout mis en concurrence de manière raisonnable et éclairée avec un privé au fonctionnement démocratique dans les domaines non-régaliens et si possible en ne touchant pas à la santé. Mais toutefois est-ce que je m'oppose au système capitaliste entièrement ? Je ne crois pas, mais ce qui me pose problème c'est l'ultra-libéralisme des multinationales et des grandes organisations financières mondiales qui ont perverti le capitalisme pour le détourner de son but premier, à savoir un enrichissement rationnel du profit dans une stratégie donnée. Je suis persuadé qu'il est possible de créer un capitalisme social avec socialisation monétaire, plafonnement des richesses du patronat et coopération obligatoire et légale avec les travailleurs, qui détiendraient au moins 50% de l'actionnariat de l'entreprise. Il me paraît inacceptable que des patrons gagnent des millions tandis que le ménage lambda ne touche même pas le SMIC, mais abolir le capitalisme est tout simplement impossible et suicidaire. Ce qu'il faut faire c'est prendre le pouvoir de l'establishment et le changer de l'intérieur, il faut un nouveau code du travail équilibré entre socialisme humaniste et entrepreneuriat raisonné et plafonné.
     
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  4. Kiss

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    Merci bien pour la création du topic.
    Globalement j'approuve la définition donnée, mais j'aimerais résumer ce qu'est le libertarianisme en 3 points essentiels :

    1) La propriété privée
    2) Propriété inconditionnelle de soi-même
    3) L'échange volontaire, à savoir le fait qu'un échange n'est légitime que s'il est admis par les eux partis

    Ce qui différencie les libertarianismes d'après moi, c'est cette fameuse propriété privée du 1), qui n'est jamais clairement définie.
    Chez les libertariens de droite, on ne retrouve pas spécialement de condition pour avoir accès à cette propriété privée. Certains estiment que la clause lockéenne doit être respectée mais finalement on ne dégage pas de grand principe théorique qui pourrait venir encadrer cette "loi".
    Chez les libertariens de gauche, l'idée c'est de faire table rase du passé. On redistribue totalement les cartes. On repart de 0 pour tout le monde. On fait une distribution équitable des ressources pour que chacun ait, en valeur, la même quantité au départ.

    Et c'est là tout le problème à mes yeux. Finalement, on a beau tout faire repartir à 0, le société est poussée à l'inégalité si aucune autre loi ne lui est ajoutée.
    Prenons le problème d'un angle purement déterministe avec deux exemples simples. Disons que nous sommes dans le monde actuel, et que d'un coup une "révolution libertarienne de gauche" arrive. L'idée est donc de redistribuer les ressources équitablement.
    Prenons deux familles. La première faisait partie de la "bourgeoisie" de la société jusqu'ici capitaliste. Elle a reçu une éducation très correcte, et a pu développer un capital social et culturel très satisfaisant. De plus, la famille étant habituée au "business" classique, elle a une bonne capacité de négociation et d'échange.
    À coté, prenons une famille à l'opposé : pauvre dans l'ancien monde jusqu'ici capitaliste, capital social moyen, capital culturel faible. La négociation dans cette famille s'est toujours limitée à des brocantes le dimanche.

    Le problème, c'est qu'on a beau rabattre les cartes, le niveau de jeu des deux familles est totalement différent et à terme on se retrouvera avec des inégalités au moins aussi fortes que dans l'ancien monde capitaliste.
    En effet, la seconde famille est incapable de gérer et d'utiliser à bien ses nouvelles ressources, et elle risque de vite se faire avoir par, justement, des personnes membres de la première famille, par exemple.

    On peut aussi voir les choses de manière plus mathématique.
    Imaginons une fonction dans un graphe (niveau collège tranquille), avec comme abscisse le temps, et comme ordonnée le niveau de ressources pour une famille donnée.

    Dans un monde capitaliste, on se retrouve, pour la première famille, avec un graphe de ce type :

    Bonjour visiteur, merci de vous inscrire ou de vous connecter pour pouvoir consulter ce lien.



    En gros, on a un certain niveau de ressource dès le départ (ici 5000), et un potentiel de croissance défini par le coefficient directeur de la droite.
    Le graphe de la seconde famille :

    [​IMG]

    Ici on voit le revenu de départ plus faible, et le coefficient directeur plus faible aussi, car le potentiel de croissance de cette famille est moindre.

    Tout ce que va changer le libertarianisme de gauche, c'est qu'il va redescendre les deux droites afin qu'elles deviennent linéaires, ou qu'au moins elles débutent au même point à t0.
    Et là vous devriez voir où je veux en venir : la plus grosse inégalité qui existe dans une société ne vient pas de ce que les gens ont à la base, mais de leur potentiel de croissance.

    Le libertarianisme est donc, selon moi, un pansement que l'on applique à une plaie ouverte de 3 centimètres de profondeur. C'est mieux, mais ça soigne rien.
     
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  5. FmN

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    Le capitalisme a toujours été basé sur la recherche perpétuelle du profit. Les dérégulations, délocalisations et la financiarisation de l'économie sont des conséquences directes de ce principe, dans la mesure où ce sont des processus qui permettent de maximiser le profit.

    T'entends quoi exactement par "socialisation monétaire" ?

    C'est sûrement théoriquement possible, mais il faudrait pour ça un rapport de force Travail/Capital qui n'a rien à voir avec ce que l'on a aujourd'hui. Le patronat n'acceptera jamais de telles restrictions de bonne grâce. Et surtout ce rapport de force il faut arriver par la suite à le maintenir, car on le voit aujourd'hui lorsque la classe dominante à l'occasion de revenir sur des acquis sociaux elle se prive pas de le faire.

    Mais je t'avoue qu'effectivement dans le contexte actuel en Europe c'est pas plus irréaliste qu'une révolution.

    Mais pas contre ça me paraît pas franchement compatible avec ta volonté d'avoir un Etat minimal, il faut au contraire un Etat fort, limite autoritaire à vrai dire. Quand tu vois la réaction d'une partie des classes dominantes, qui envisageaient de s'expatrier par exemple, à le seule montée dans les sondages de Mélenchon, qui propose juste de monter le SMIC et d'établir un rapport de 1 à 20 max dans les entreprises. Tu leur proposes un truc comme là je pense qu'ils vont tous vouloir s'exiler fissa avec leur capital sous le bras.
     
  6. Forest-Source

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    @Kiss @FmN Oui, c'est vrai, la mouvance possède des failles non-négligeables en ce qui concerne l'instauration d'un tel système économique. Néanmoins, combinant bien souvent la théorie existante à ma réflexion personnelle, j'ai maintes fois réfléchi à un moyen d'effectuer une transition "douce" en utilisant l'Etat actuel comme tremplin fiscal et social.

    Le but serait d'aller crescendo dans les réformes et ce, sur une durée d'au moins deux ou trois ans, partant du principe que le basculement du capitalisme néo-libéral à une nouvelle forme économique (préalablement débattue à différentes échelles de la société) ne peut se faire dans l'immédiat en raison de l'extrême sensibilité de ce facteur.

    Néanmoins, comme l'a souligné FmN, pour moi le principal problème ne serait pas réellement l'instauration technique du système, largement faisable sur la base d'une utilisation de la puissance étatique qui "s'éteindra" d'elle-même (pas totalement, étant minarchiste) une fois le basculement effectué, et ce, sans aucun autoritarisme, mais le véritable facteur d'incertitude demeure dans la réaction des oligarques et grandes fortunes françaises qui prendront forcément peur et s'exileront donc ailleurs en Europe ou même vers d'autres continents. Mais est-ce que les dirigeants de TPE-PME, eux, le feront, quand on sait qu'ils sont pour la plupart plus progressistes et ouverts au dialogue que les grands mastodontes du CAC40 ?

    En effet, sociologiquement, lorsqu'on étudie les rouages de certaines de ces entreprises, on a l'impression d'une plus grande ouverture sur les dynamiques du monde et d'une rigidité moindre en terme de leadership, et par ailleurs plusieurs patrons de ces boîtes se revendiquent libertariens. Il suffirait d'engager très franchement la conversation avec eux, sur la base d'un remodelage légal du code du travail, afin de les convaincre qu'ils ne pourront qu'être plus avantagés par une redéfinition de l'économie nationale et une gestion légalisée avec les travailleurs. A mon sens, le libre-marché n'implique pas forcément le capitalisme ou le libéralisme comme l'indique beaucoup de libertariens de gauche, il peut exister un libre-marché certes non-entravé, mais clairement socialiste et délimité, et souvent j'ai l'impression que non seulement les TPE-PME ont un rôle futur à jouer, mais qu'en plus elles pourraient être utilisées comme moteur de basculement dans cette optique.

    Cela implique évidemment une redéfinition majeure, si ce n'est totale, du code du travail pour, comme cela a été dit plus haut, bouleverser les rapports de force entre production et tête pensante. La socialisation monétaire constituerait en l'établissement de la démocratie directe sur les décisions des banques nationalisées (peut-être pas toutes si elles jouent le jeu de la réglementation) et serait un premier pas vers cette remise du pouvoir économique significatif aux travailleurs. En effet, ma vision est qu'avec une monnaie pleinement possédée par l'Etat, il peut faire ce qu'il veut et la colonne vertébrale des autres réformes fiscales se fera comme du gâteau. Mais quid du CAC40 et des grandes fortunes ? Eh bien qu'ils se tirent ! Puisque les TPE-PME représentent 80% du parc entrepreneurial français, ce sont elles qui représentent le futur du pays et auront au préalable fait l'objet, aux dernières heures du capitalisme tel qu'on le connait aujourd'hui, d'un plan de consolidation financier visant à en faire la figure de proue de ce libertarianisme de gauche.

    Alors oui, il va de soi que le départ de nombre de grands fleurons du CAC40 pourra faire mal au départ, voire très mal, mais je pense que cela pourra être contrebalancé au bout de plusieurs mois si la bonne stratégie est employée. Il va de soi que mon plan n'est que pure hypothèse et demeure extrêmement difficile et sensible à mettre en oeuvre, mais je retiens plusieurs points de cohésion là dedans : tout d'abord la puissance de la 5ème république, laquelle est suffisamment puissante pour accélérer le débat et le rendre plus efficace, ensuite les TPE-PME, véritables représentants du futur quand on sait que les multinationales préfèrent désormais les pays émergents (et encore plus dans une dizaine d'années), et enfin la solidité des collectivités locales, lesquelles devront être des piliers centraux de ce déplacement du pouvoir et de cette redéfinition économique.

    La question de la redistribution des richesses est évidemment une question très ardue compte tenu des immenses injustices et écarts causés par le capitalisme actuel, mais je ne crois pas qu'il faille forcément revenir à zéro partout. Je crois au contraire qu'un rééquilibrage financier au niveau des ménages et des différents acteurs nationaux, au nom de la solidarité et de la compétitivité, serait possible si le débat est pleinement stimulé et que les classes populaires et moyennes sortent de l’abstentionnisme, car on ne le dira jamais assez, ce sont ces deux classes qui sont la clé de voûte du changement. Sans elles, pas de changement, tout simplement.

    Maintenant, ma vision des choses possède de nombreuses faiblesses et je n'en doute pas. Je ne prends par exemple pas en compte la réaction de l'Union Européenne, laquelle réagira très mal à mon avis, du moins si on a pas eu le temps de la réformer en profondeur avant. Et je me demande de même ce qu'il en sera de la communauté internationale. Mais quoi qu'il en soit, tout serait largement imprévisible.
     
  7. Kiss

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    @Bâtisseur
    J'ai l'impression que tu ne réponds pas exactement à ce que je dis dans mon post, et je n'ai peut-être pas été très clair.
    Ce que j'essayais d'expliquer, c'est que finalement, les ressources à la base ne sont que dérisoires face aux inégalités qui se créeront naturellement par la suite.

    Le libertarianisme se vante de faire venir l'égalité de tous, mais c'est passer outre le fait que nous ne sommes pas égaux de base. Remettre à 0 le capital économique c'est bien, mais faire en sorte qu'une nouvelle inégalité de ce capital, issue des différences du capital social et culturel, c'est mieux.
     
  8. FmN

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    Ça me parait très optimiste au minimum. J'ai rien trouvé sur l'orientation politique des dirigeants de PME-TPE mais ça m'étonnerai fortement qu'une partie significative d'entre eux penche vers le libertarianisme de gauche, voire vers la gauche tout court. Enfin je veux bien voir sinon.

    Par contre la "flexibilité" de la hiérarchie dans les entreprises c'est pas toujours un bon signe. Beaucoup de techniques de management moderne se basent sur des méthodes à la limite de la manipulation, qui visent à faire accepter un peu tout et n'importe quoi aux salariés en rendant moins visible le rapport de force avec le patron.
    Avoir un chef détendu, qui te tutoie, qui installe un baby-foot pour les pause... c'est assez sympa dans un premier temps, mais le moment où il va falloir négocier quelque chose, refuser de faire des heures supp non payées... ça va être beaucoup plus compliqué.

    Ça fait quand même près d'1.5 millions de salariés et 75% du PIB, à compter que ceux soient les seuls 40 à se tirer. Sans parler du fait que ça risque de faire effet domino sur les plus petites entreprises qui pouvaient en dépendre.
     
  9. Forest-Source

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    @Kiss si si, je réponds bel et bien à ton raisonnement, et j'explique justement (bien que de manière un peu brouillonne, toutes mes excuses) que la théorie peut être adaptée à la réalité par le biais d'un réformisme radical sur le plan fiscal puis social. Le propre du libertarianisme de gauche c'est de ne pas être un mouvement compact et d'être pluriel sur les moyens d'actions à mettre en oeuvre pour établir un libre-marché socialiste. Par ailleurs il me semble totalement insensé de redistribuer le capital de zéro, cela ne serait bénéfique pour personne et ne constitue à mon sens qu'une idée de départ pour mieux conceptualiser la chose.

    En ce qui concerne le patrimoine culturel et social j'avais déjà réfléchi à cette problématique et personnellement je pense sincèrement que ce serait tout l'effet inverse qui serait observable, car justement, par volonté de répartir les ressources de manière plus équitable, l'effet tremplin serait que les infrastructures culturelles seraient bien plus aisément accessibles aussi bien économiquement que socialement et on observerait l'émergence de politiques éducationnelles plus juste en fonction des quartiers et des milieux qui redistribuerait les cartes du façonnement psycho-social de l'individu.

    Je crois qu'en fait tu es encore un peu trop dans l'optique "libertarianisme de droite" contre laquelle je m'oppose strictement et qui met tout le monde dans un chacun-pour-soi effrayant et dérégulé. Le libertarianisme de gauche ne fonctionne pas ainsi, il est libertarien car il souhaite une alternative libertaire certes plus modérée et moins "prolétarisée" que les anarchismes classiques mais il est de gauche dans le sens où il souhaite l'entrepreneuriat autogéré et la surveillance de la répartition des ressources naturelles. Il n'est pas anarcho-capitaliste mais résolument mutueliste entre autre (à la manière de Proudhon, lequel semblait plus modéré que Bakounine sur plusieurs points). D'ailleurs, nombre de libertariens de gauche, les plus radicaux, se sont largement distanciés de la mouvance de droite pour fonder l'Alliance Of The Left-Libertarians, et il suffit de lire ce qu'ils écrivent pour bien comprendre qu'ils ont beaucoup moins en commun qu'auparavant avec les autres (une de leurs devises est "markets, not capitalism", et je les rejoint beaucoup là dessus).

    @FmN Nous ne devons pas avoir la même définition de "flexibilité" je crois : si tu parles de la flexibilité néo-libérale centré sur un management quasi-mécanique, alors ce n'était pas ce que je voulais dire. Ce que j'évoquais c'était la redéfinition même du concept de hiérarchie (dans le cas où elle ne pourrait tout simplement pas être remplacé par l'autogestion totale, laquelle me séduit beaucoup, mais me paraît trop dur à mettre en place), une hiérarchie qui impliquerait plafonnement des salaires du patronat pour les rapprocher le plus possible de la condition des travailleurs, référendums systématiques et actionnariat désormais prioritaire sur les salariés. Je ne vois pas le patronat comme l'ennemi en soi, mais je vois les comportements du patronat comme l'authentique ennemi qu'il convient de régler. Personnellement je crois que la présence d'un patronat, s'il est véritablement proche des travailleurs (et par proche, je n'entends pas la cogestion à l'allemande, même s'il y a quelques idées à reprendre), peut justement dynamiser de façon extraordinaire le fonctionnement de l'entreprise et permettre aux ouvriers un tronc commun coopératif. En d'autres termes, j'oppose patronat néo-libéral et despotique à un patronat social et humaniste.

    D'où l'intérêt de mettre le paquet sur les TPE-PME plutôt que de rester aveuglé sur la place des multinationales en France. Qui croit réellement qu'elles vont rester chez nous au delà de 2030 ? Ce sont des voraces qui cherchent à rentabiliser le plus possible quitte à cracher sur tout ce qui est moral. Ce sont des organismes mécaniques et automatisés dans les réflexes et les variables systémiques, de grands colosses aux cycles déjà prédéfinis. Une fois que les grandes puissances émergentes du monde deviendront aussi puissantes que ce que nous étions avant et en partie aujourd'hui, elle s'en iront car le droit du travail sera encore plus faible sur place et l’ébullition financiarisée qui aura lieu dans ces pays déclenchera une euphorie monétaire qui ne profitera qu'à ces Etats-nations, ne nous leurrons pas. Et le fait est là : les TPE-PME, étant certes plus petites, représente l'avenir technologique et pluriel de l'économie, on ne le voit pas pour le moment car nous ne sommes pas encore en train de basculer en plein dedans, mais je ne me fais guère d'illusion. D'ici 2030, les choses vont bien changé, d'où l'urgence de socialiser ces TPE-PME en utilisant le potentiel progressiste de ce néo-patronat en formation pour en faire le fer de lance de la nouvelle société libertarienne de gauche que je voudrais voir naître. Si on ne met pas le paquet dessus, alors le despotisme des multinationales sera pire encore que ce qu'il est aujourd'hui, du moins c'est mon opinion. La transition économique doit se faire le plus vite possible, mais l'élite politicienne ne peut plus représenter ce changement, ni le réformisme classique...il faut théoriser et créer un nouveau réformisme radical, néo-citoyen et militant, altermondialiste mais réaliste et novateur, et ce mouvement devra se charger de détruire la mainmise de l'ENA, de Sciences Po, et du suprématisme parisien, grâce à l'appui et la puissance de la classe moyenne notamment.

    Optimiste ? Assurément, je suis optimiste, idéaliste, et je le revendique clairement. Je ne cherche pas la perfection dans mon raisonnement, mais ce qui me paraît à la fois le plus novateur et proche de mes ressentis à propos de la réalité socio-politique française et européenne. Ce que je dis est clairement optimiste, mais je préfère cela à la précipitation du Grand Soir ou à la molle sociale-démocratie.
     
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