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La nature de l'Homme (en société), son avenir ?

Discussion dans 'Débats' démarrée par Natalia, 20/11/17.

  1. Natalia

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    Puisque la tendance est au recyclage... et que je vais avoir besoin de ce topic pour lancer un autre débat.

    etc.

    Ceux qui ont fait un tant soit peu peu de philo dans leurs années de lycée sauront de quoi je parle et à quels auteurs cette question fait référence, à savoir :
    - Thomas Hobbes, pour qui l'Homme est libre et a donc le droit de s'approprier tout ce que ses forces lui permettent d'obtenir afin d'assurer sa survie. Pour lui, l'état de nature de l'Homme est semblable à un état de « guerre de chacun contre chacun » et c'est pour y mettre un terme que les Hommes vont fonder, par convention, la société. Il cite par exemple les guerres civiles pendant lesquelles, selon lui, l'état de nature de l'Homme réapparaîtrait. Ainsi, il dit que la société est nécessaire pour l'Homme et prône une souveraineté de l'État envers qui les Hommes sont censés donner leur force (armée, police, etc) afin que ce souverain (l'État, le léviathan) dissuade chacun de retomber dans sa tendance naturelle à la violence.
    - Jean-Jacques Rousseau, à l'opposé de Hobbes, pour qui l'Homme est naturellement bon à l'état de nature et n'a pas besoin des autres pour vivre. Selon lui, ce serait la société qui l'aurait corrompu. Il prône l'existence d'une société qui défend et protège les individus tout en préservant la liberté individuelle => contrat social.

    Bon, commençons déjà par définir correctement quelques notions :

    * L'état de nature : Situation dans laquelle on se serait retrouvé avant l'émergence de la société. L'état de nature ne correspond à aucune période historique, c'est un état théorique.
    * La société : Ensemble d'individus qui prennent collectivement en charge la question de savoir comment vivre ensemble. C'est aussi le lieu de la transmission des savoirs et de la tradition, où une mémoire collective façonne les consciences des individus.
    Nous pourrions aussi bien dire que la société est une communauté formée par la mise en communs des besoins et du travail, qui implique des lois communes et un intérêt commun.

    L'erreur de Hobbes :
    Pour rappel, Hobbes nous dit que l'Homme est naturellement mauvais en nous donnant l'exemple des guerres civiles. Cependant, les guerres civiles sont des phénomènes qui ont lieu après l'état de nature de l'Homme, c'est-à-dire après son rassemblement en société. Pour ne pas que l'Homme retombe dans son état de nature, il lui faut conserver l'existence de cette société (par définition) et il a décidé de la conserver en confiant la souveraineté à une quelconque entité supérieure (une personne, un groupe de personnes, un peuple, ...) ; c'est ainsi qu'il a « crée » le pouvoir, qui est la principale cause des guerres civiles depuis les premières lors des civilisations romaines. Hobbes établit donc un lien de causalité erroné entre l'état de nature et les guerres civiles.
    Aussi, « l'Homme est libre et a donc le droit de s'approprier tout ce que ses forces lui permettent d'obtenir afin d'assurer sa survie » est une erreur d'implication puisque être libre n'implique pas d'avoir tous les droits et, en l'occurrence, pas celui de s'approprier tout ce que ses forces lui permettent d'obtenir (et ce même si c'est pour sa propre survie). En effet, la liberté n'implique pas de pouvoir faire ce que l'on veut et ne doit pas seulement être nuancée par des limites physiques (par exemple les lois de la nature) mais aussi par d'autres limites (que l'on pourrait définir comme les bases d'un mode de vie en société).

    Cette erreur, Rousseau l'a bien soulignée : « Ils parlaient de l’Homme sauvage, et ils peignaient l’homme civil ». En effet, Rousseau a d'ailleurs traité Hobbes de sophiste en démontant son raisonnement fallacieux évoqué plus haut.

    L'erreur de Rousseau :
    Pour rappel, Rousseau nous dit que l'Homme est naturellement bon à l'état de nature et n'a pas besoin des autres pour vivre. Selon lui, ce serait la société qui l'aurait corrompu avec la notion de possession de biens par exemple (et surtout).
    Or, il y a près de 10 000 ans, avant les débuts de la sédentarisation et de l'agriculture, un massacre désigné comme étant le premier génocide intentionnel de l'humanité aurait été commis.

    En effet, en 2012, à Nataruk (au Kenya, en Afrique), ont été découverts les restes de 27 squelettes de chasseurs-cueilleurs, non enterrés.

    Et si la raison de ce massacre reste encore très floue pour les préhistoriens, la vision de Rousseau se voit fortement remise en cause. Robert Foley s'est d'ailleurs exprimé à ce sujet : « Je ne doute pas qu'il est dans notre biologie d'être agressif et mortel, tout comme il est profondément humain d'être attentif et affectueux. Beaucoup de ce que nous comprenons de la biologie évolutive humaine suggère que ce sont deux faces de la même pièce de monnaie ».

    Ainsi, plutôt que de considérer la société comme une entité corrompant l'Homme, ne pouvons-nous pas la voir plutôt comme une entité ayant pour but (peut-être non-intentionnel) de nous éloigner de cette tendance à la violence ?

    Pour comprendre un peu mieux ce massacre, je vous invite à lire cet article :

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    À l'instar du débat sur la nature de l'Homme entre Rousseau (bonne) et Hobbes (mauvaise), un sondage a été lancé en 2012 sur le blog jetdencre.ch dont voici les résultats :

    [​IMG]

    Force est de constater qu'aujourd'hui encore, le débat est loin d'être tranché (du moins dans l'opinion publique) et la question de la corruption de l'Homme par la société est d'autant plus d'actualité.

    Et c'est bien là où je voulais en venir.
    Car si l'idiosyncrasie de chaque individu est variable au fil des époques, nous pouvons constater aujourd'hui un changement dans le fond du discours et des préoccupations de la société : un retour de la morale (comme en fait l'hypothèse André Comte-Sponville dans son livre Le capitalisme est-il moral ?). Sans parler des causes de ce retour de la question morale dans notre société (allez lire son livre au pire, c'est très intéressant) et pour rester dans le débat factuel (pour l'instant), la disparition progressive de la religion liée au processus de sécularisation et de laïcisation implique un besoin de substituer aux adages de la religion de nouveaux principes moraux car « nous avons d'autant plus besoin de morale que nous avons moins de religion - parce qu'il faut bien répondre à la question Que dois-je faire ? quand Dieu n'y répond plus ».

    C'est en pointant ce changement, cette transition comme le dit Fox', que je crée ce sujet de discussion en vous proposant une réflexion autour de l'avenir de la nature humaine qui semble évoluer (pour ne pas dire s'améliorer) au fur et à mesure qu'il s'émancipe de ses croyances et qu'un besoin de règles sous-jacentes s'instaure. La coercition exercée par une quelconque forme de domination devient alors de plus en plus inutile. Ne seraient-ce pas là les bases d'une future société anarchiste ?

    « L'anarchie, c'est l'ordre sans le pouvoir », Pierre-Joseph Proudhon.

    P.-S. @Kiss, j'te laisse le soin d'expliciter la neutralité de l'Homme selon la philosophie spinoziste.

    lien du débat originel :

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