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Harcèlement scolaire : vous n'êtes pas seul !

Discussion dans 'Problèmes généraux' démarrée par Loly, 7/11/18.

  1. Loly

    Loly Point.
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    Demain, jeudi 8 novembre 2018, c'est la journée nationale contre le harcèlement scolaire. Cette journée a été mise en place en 2015 et a lieu chaque année, le premier jeudi du mois de novembre. A cette occasion sont mises en place des formations et autres préventions contre le harcèlement scolaire, et ça m'a donné envie à moi aussi d'apporter ma minuscule pierre à l'édifice en vous racontant mon histoire et peut être vous aider à faire face, si vous êtes, avez été, ou connaissez quelqu'un qui en est/a été victime ou en est/a été l'auteur.

    [Et sans vous en faire un roman en 15 pages, n'est-ce pas.]

    Pour moi ça a commencé au collège, en sixième. J'ai débarqué dans une école où je ne connaissais personne d'autre qu'une seule et unique fille de mon âge, ce qui ne m'effrayait pas, parce que bien que timide et réservée je n'avais jamais eu de mal à m'entendre avec les gens et me faire des ami(e)s. Sauf que, durant les vacances, j'avais attrapé les poux que mes petites voisines avaient ramené de vacances, et rien n'en venait à bout. Ni les shampoing spéciaux, ni les remèdes de grand mère. Au contraire, à force, ils me flinguaient littéralement le cuir chevelu et m'obligeaient à espacer les shampoings, jusqu'à ce que le serpent se morde la queue : les poux gagnaient du terrain, les produits étaient de plus en plus inefficaces : bref, au bout d'un moment, j'ai fini par me retrouver avec une sorte de choucroute sur la tête tellement mes cheveux s'étaient emmêlés, et on a pas eu d'autre choix que de tout couper en ne laissant que quelques centimètres sur le crâne.

    Mais il n'y a pas eu besoin d'attendre qu'on en arrive là pour que les autres élèves, sorties des quelques amies que j'avais, commencent à m'isoler, se moquer, m'insulter et me chahuter. J'étais "la pouilleuse" du collège qu'il fallait éviter comme la peste et même si couper mes cheveux a finalement régler le problème des parasites, je suis restée LA pouilleuse pendant mes quatre années de collège.

    Ça a donc été quatre années à ne compter mes amis que sur les doigts d'une seule main, à me prendre constamment des réflexions, à me faire insulter. Certains garçons tapaient dans mon sac, me bousculaient, faisaient mine qu'ils allaient me frapper en "mimant" des coups de poing ou des coups de pied. A 15 ans, j'étais la bête noire de tout un collège parce qu'à 11, j'avais eu le malheur, pour la première fois de ma vie, d'attraper des poux, et ce alors que 90% de ces élèves ne me connaissaient même pas personnellement.

    Le truc c'est que sans m'étaler là dessus, chez moi c'était pas la joie non plus. Avec une situation familiale très compliquée, l'école ça devait être ma bouffée d'air frais, une fenêtre ouverte sur autre chose, et au lieu de ça c'était l'Enfer numéro 2. A tel point que je ne me sentais bien nulle part. J'ai beaucoup pleuré, j'ai eu des idées noires. En fait mon seul échappatoire c'était internet et les forum, un en particulier, où je m'étais fait des amis qui loin de tout ça, me respectaient. Je pense sincèrement que c'est pour ça que j'ai longtemps été attaché au monde virtuel après.

    D'ailleurs, parlons de l'après. Après le collège, ça s'est calmé, parce qu'une bonne partie de mes harceleurs n'étaient pas dans mon lycée. Et puis c'était plus grand, donc j'étais un plus noyée dans la masse. Et c'est précisément ce que j'essayais de faire, me fondre dans la masse, être le plus discrète possible, éviter de me faire remarquer de peur que ça recommence. Je me suis fait de nouvelles amies, mais très peu, forcément. Jusqu'à ce que je rencontre des gens à l'extérieur et qu'enfin je me constitue un véritable cercle de potes. Jusqu'à cette époque je me méfiais de tout le monde. J'avais tellement été isolée que je m'étais persuadée que si l'on voulait être mon ami, c'était juste pour mieux me faire du mal ensuite.

    Sincèrement ça a laissé des traces. Je vivais dans une espèce de peur paranoïaque chaque jour que l'un de mes amis découvrent ce qu'il s'étaient passé au collège, ma réputation, et qu'on me laisse tomber, que je me retrouve de nouveau seule. Jusqu'en fac, j'évitais soigneusement tous les gens qui je connaissais du collège et jusqu'à il y a un ou deux ans, je préférais même baisser les yeux ou faire mine de ne pas les avoir vu si j'en croisais un. J'avais constamment peur de ce qu'on peut penser de moi. Je fais une fixette de dingue sur mes cheveux, je fuis les enfants à la rentrée scolaire, après les vacances, de peur qu'ils me refilent des poux. J'ai une peur panique, PANIQUE, des parasites.

    Et quand je repense à tout ça avec un peu de recule j'me dis... putain les gars, si on fait les comptes, vous avez gâché au jour d'aujourd'hui plus de la moitié de ma vie. J'ai attrapé des poux à 11 ans et ça a défini tous le reste de ma vie jusqu'à aujourd'hui. C'est pas absurde qu'un truc pareil puisse pourrir presque 14 ans d'une vie ? Aujourd'hui j'ai 25 ans et ça me marque encore, ça me révolte, ça me fout tellement en colère quand je repense à tout ça. Mais il y a des choses qui ont changé : je ne me laisse plus faire, ça c'est terminé. Qui commence à me casser les pieds ne sait pas à qui il a à faire -c'est à dire une hystérique-. Et je ne baisse plus les yeux, ça aussi, c'est terminé. Il y a encore un ou deux ans je n'aurai jamais osé posté un truc un pareil, d'ailleurs j'ai jamais vraiment parlé de mon harcèlement aux gens, même pas à mes parents, parce que j'avais peur comme je le disais que ce qu'on allait penser de moi, peur que quelqu'un de mal intentionné tombe dessus et ne s'en serve contre moi. Aujourd'hui je leur dis tous : MERDE. Je vous emmerde les gars, je suis bien dans ma vie, et c'est pas moi qui doit garder sur la conscience le fait que j'étais une connard fini quand j'étais adolescent. Parce qu'on a pas à avoir honte d'être une victime, clairement.

    Qu'on soit gros, moche, bigleux, pute, sale, débile, intello, bizarre, pd, et j'en passe en des meilleures... :handok:
    On ne mérite pas, quoi qu'il en soit, d'être insulté, maltraité, bousculé. On a droit au minimum à la paix, et cette paix n'est pas négociable.

    Ce qu'il faut, selon moi, retenir de tout ça :

    1. Si vous êtes victime, en vrai les gars, on peut y survivre. Sur le moment on est persuadé que ça ne s'arrêtera jamais, que c'est trop, qu'on sera toujours seul mais c'est faux. La preuve moi, je suis toujours là, et j'avais beau être persuadée que je finirai seule, vieille avec des chats, j'ai construit finalement une famille dont je suis très fière. Alors certes, ça m'est arrivé à une époque où les téléphones passaient tout juste aux écrans couleurs, où la 4g, facebook twitter et snapchat étaiet inconnus donc une fois sortie de l'école, on ne me poursuivait pas. Certes, on ne m'a pas frappée. Mais je suis passée au travers de 4 ans d'enfer et d'une dizaine année de "traumatisme", alors vous en serez tout aussi capable et si nécessaire, n'hésitez pas à demander de l'aide.

    2. Vous avez le droit de demander de l'aide, et pas de rester comme un con dans votre coin ça subir un poids bien trop lourd sur vos épaules. Parlez-en à vos parents, car c'est leur rôle de vous protéger. Parlez-en à vos professeurs, aux pions, aux CPE, parce que c'est leur devoir de vous écouter et de vous faire quelque chose, parce que la LOI est de votre côté. Et si c'est encore trop pour vous, parlez à un ami, un vrai, un virtuel, peu importe, déchargez-vous. Enfin, si vous n'êtes pas prêt à sauter ce pas, vous pouvez aussi appelez de 3020, numéro gratuit, confidentiel et anonyme. Plus d'infos ici :

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    3. Si vous êtes dans la position du harceleur, retenez ceci : d'abord, il n'est jamais trop tard pour arrêter de se comporter comme un idiot et pour s'excuser. Ensuite, sachez qu'une loi punit ce type de comportement, qu'il ait lieu dans, ou en dehors de l'école. Je vous renvoie ici pour la définition de chaque délit et les peines que vous risquez :

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    4. Que vous soyez ancienne victime ou non, il est tentant de s'en prendre à plus faible que vous pour vous assurer justement de ne pas en devenir une. C'est souvent comme ça que ça commence, et songez aux conséquences que ça a via ces histoires. Si celle-ci ne vous suffit pas, je ne vous renvoie à celles de Jonathan Destin, et autres adolescents qui ont tenté ou ont même, malheureusement, réussi à mettre fin à leurs jours suite à ce qu'ils subissaient.

    5. Vous avez envie d'agir ? Soyez vigilants, dénoncez les faits que vous constatez, tendez la main aux victimes. Sinon, devenez ambassadeurs :

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    :muscle:
     
    #1 Loly, 7/11/18
    Dernière édition: 7/11/18
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  2. Luna38.

    Luna38. Membre actif

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    Je tenais vraiment à souligner ce passage.
    Maintenant que je vais mieux, j'ai aussi envie de vous raconter mon histoire. Parce que je veux vraiment que vous sachiez, si vous vivez une situation de harcèlement que vous n'êtes pas seul(e)s, et que même si ça parait impossible vous pourrez vous relever. Et je pense que plus on sera nombreux à le dire mieux ce sera.

    Pendant bien 1 an en primaire on m'a rejeté à cause de mes problèmes de peau (eczéma, molluscum etc ...), comme si j'en étais responsable. Je passais mes récrés à "discuter" avec la maîtresse.

    Mon année de terminale a été un enfer. Une histoire de couple qui finit mal, des rumeurs dégueulasse, des insultes, des messages sur les réseaux, un sentiment de rejet (groupe de la classe etc ...).
    De fille discrète et sans histoire je suis devenue tantôt "une salope", ou alors "une pauvre coincée" (je vous fait la version soft). Des post sur fb qui me visait ("elle devrait brûler ...").
    Parfois des gens dont j'ignorais complètement le prénom prononçait le mien dans les couloirs (et pas pour me faire des louanges).
    La boule au ventre constamment, en arrivant au lycée, en mangeant au self, le soir à l'internat, lors des voyages scolaires ...
    J'entendais tout et son contraire, je n'avais plus faim, j'avais peur, je me sentais humiliée, je n'avais plus de goût à rien. j'avais juste envie que ça s'arrête. Que tout s'arrête.

    Mais j'ai continué, j'ai pleuré, j'ai pris sur moi, j'ai été parfois soutenu, parfois pas ..

    Aujourd'hui j'ai eu mon bac avec mention. J'ai intégré le BTS que je souhaitais. Ça va faire 2 ans que tout cela est terminé. Et mon ex/principal harceleur, m'envoie encore des messages pour s'excuser de son comportement odieux, et le reconnaît.

    Tout n'est pas parfait dans ma vie, je ne pardonnerai jamais ceux qui ont participé à ce harcèlement (j'ai du mal à dire ce mot, il a fallu que ce soit des amis qui me fassent comprendre que cela en était).
    Mais je me dis que si j'ai surmonté ça alors je peux surmonter beaucoup de chose. J'essaye de me rappeler doucement que je vaux quelques chose, et je me motive pour réussir, pour leur prouver qu'ils avaient tort.
     
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  3. Etincelle ~

    Etincelle ~ Membre actif

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    Merci de faire ce post, je pense que c'est une super initiative parce qu'il faut en parler.
    J'aimerais parler de mon histoire aussi du coup, parce que maintenant que ça va mieux aussi, je peux témoigner.

    Quand j'étais en primaire j'étais pas vraiment une fille hyper timide mais pas hyper sociale non plus. Je traînais juste avec un groupe d'amis qui est resté le même pendant plusieurs années, jusqu'au collège. Je suis arrivée en CM1 dans une nouvelle école parce que je venais de déménager. J'ai passé 2 années superbes ! Seulement il est arrivé des épisodes de maltraitance, dont je n'ai pas prêté attention plus que ça parce que je me rendais pas vraiment compte de ce qu'il se passait, m'enfin.
    Une fille de ma classe était particulièrement une brute en CM2, et je dessinais souvent aux récrés. Je prenais des feuilles avec moi dehors, sauf qu'une fois cette fille est arrivée et m'a tout déchiré pour que je puisse pas le faire.

    Une autre fois, je jouais avec 3 amis à chat-perché et littéralement la moitié de l'école (ma classe entière et la moitié d'une autre, environs 40 enfants) s'étaient ligués sans raison contre une de mes amis avec qui on jouait. Tout de suite je suis allée prévenir ma maîtresse qui a demandé à tout le monde de venir. Elle m'a dit de raconter ce qui s'était passé, devant tout le monde, sauf que forcément après j'ai bien remarqué tous les regards noirs des autres, dont de certaines filles avec qui je croyais être amie, qui avaient harcelé. L'une d'entre elle m'a d'ailleurs limite plaquée dans un coin ensuite pour me demander pourquoi j'avais fais ça. C'était bizarre parce qu'elle me le disait pas méchamment, mais je sentais un truc vraiment vicieux.

    Ensuite, encore plus tard, 3-4 filles de ma classe (dont la brute) sont venues jusqu'à chez moi pour jouer ensemble dehors un après-midi. Ma mère n'était pas trop pour mais elles nous ont laissées aller jusqu'à un grand sapin au milieu de mon quartier. Une fois arrivées là-bas, les filles se sont amusées à accrocher mes chaussures super haut dans le sapin pour que j'arrive pas à les récupérer, puis à me plaquer dans l'herbe en me prenant en photo. Elles disaient des trucs du genre "On va les poster sur Facebook !", elles l'ont pas fait, mais bon elles auraient pu quoi.

    C'était par moments en primaire, mais au collège c'était vraiment pendant toute un période. En 6ème j'ai eu aucun soucis, mais la 5ème a été ma pire année. Dès la rentrée je me sentais déjà mal parce que je commençais à avoir des complexes physiques, donc on sentait que j'étais pas à l'aise. Je détestais mon nez, puis j'ai commencé à détester mon visage qui changeait... Des gens, que je ne connaissais pas, venaient déjà me voir en groupe au moins une fois par jour parce qu'à la fin de la 6ème, tout le monde a su que je m'étais mise en couple avec un garçon, mon meilleur ami de primaire. Seulement, ce garçon même se faisait embêter depuis des années parce qu'il était roux, un peu costaud, et qu'il traînait souvent avec des filles. Il était traité de "tapette", "fillette", qualifié de "gros"... Sans compter toutes les blagues de merde sur sa rousseur.
    Du coup quand on a commencé à être ensemble et que les autres l'ont su, des groupes venaient me poser des questions du genre "Est-ce que ses poils de b*te sont roux ?", "C'est vrai que t'es avec le roux ?", "Vous pouvez vous embrasser ?", "Vous avez déjà fait des trucs ?", "Ah mais vous vous êtes pas encore embrassés ? Vous êtes des coincééés" (oui parce que pendant plusieurs mois on n'osait pas).

    Puis est venu le moment où je suis allée chez la coiffeuse, en décembre. C'est une de ses apprenties qui m'a coiffée, elle m'a totalement foiré ma coupe. Je ressemblais à rien, j'avais une frange trop courte, un dégradé trop court qui faisait champignon atomique sur la tête, bref, c'était ultra moche, et je me détestais encore. J'étais paniquée, je supportais pas ma tête, c'était juste ignoble... Le lendemain quand je suis retournée au collège je voulais me cacher, et forcément ça n'a pas loupée : à peine entrée, 2 filles m'ont pointée du doigt et ont pouffé de rire en disant "Oh putain regarde Julie !". En classe je voulais pleurer, je voulais regarder personne. Les profs ont rien vu du tout.
    Une fille de primaire (avec qui j'avais joué au sapin), qui était dans mon collège, m'avait croisée dans les couloirs et m'avait dit bien fort "Baaaaaaah" avec une mine de dégoût en me regardant.
    Mon copain se faisait lui aussi embêter du coup, et je prenais sa défense en quelque sorte, du coup je me prenais les retours de bâton. Une fois des """amis""" de mon copain ont pris mon agenda où je m'étais dessinée, et ils m'ont fait "C'est toi ? Parce que si c'est toi t'es plus moche en vrai". Plus tard mes cheveux ont repoussé, ils étaient très épais, 2 gars que j'avais jamais vus m'ont dit que j'étais un mouton en sport.

    Le jour où j'ai craqué, c'est quand la fille qui m'avait pointée du doigt dans les couloirs est venue nous embêter moi et mon copain à l'arrêt de bus, avec ses toutous. Elle avait au moins 10 personnes avec elle. Ils étaient partis pour aller en ville, nous ont vu à l'arrêt, ont traversé la route juste pour nous voir et sont venus nous critiquer, se foutre de nous, de moi. 2 contre une 10aine... Quand mon copain est monté dans son bus, tout le groupe s'est mis à hurler comme des singes et à frapper le bus à l'arrière et sur les côtés. Puis ils sont repartis. Moi j'ai pris mon bus et j'ai pleuré tout le trajet, jusqu'à chez moi. En rentrant j'ai craqué et tout raconté à ma mère. Elle a immédiatement réagit et elle a cherché le numéro des parents de la fille, elle les a appelés, elle est tombée sur la fille elle-même. Ma mère l'a disputée et a fini par raccrocher, et la fille, en panique, s'est mise à pleurer et hurler au téléphone et nous a harcelées toute la soirée pour tenter de nous rappeler.
    Ma mère a ensuite eu son père, ils se sont disputés parce qu'il n'a pas aimé que ma mère dispute sa fille comme ça. Le lendemain ma mère m'a accompagnée à l'arrêt de bus et a vu la fille en personne pour lui dire d'arrêter, sinon ça allait mal se passer.

    On a parlé à la CPE, la CPE a été géniale et m'a convoquée, a convoqué mon copain, les harceleurs, nous a dit de faire une main courante avec ma mère (ce qu'on a fait). La police a appelé chez la fille pour lui faire peur, histoire qu'elle arrête. Cette CPE a super bien réagi et je suis contente d'être tombée sur elle, elle m'a aidée et a tout fait pour que ça se stoppe, elle a tout pris au sérieux.
    C'est pour ça que c'est important d'en parler. Faut pas avoir peur d'en parler, et si on n'est pas pris au sérieux/que ça ne bouge pas (ça arrive), faut continuer et trouver quelqu'un qui nous écoutera.
    La fille qui nous a agressés en groupe est venue me voir ensuite pour s'excuser, et depuis la fin de cette année-là elle est partie et j'ai plus eu de nouvelles depuis.

    Un truc dont je me suis peu rendue compte aussi, c'est que même mon copain me harcelait. Sûrement pour se défouler, se venger, j'en sais rien. Mais se foutre de moi, de mon physique, de mes complexes, me faire croire que j'étais moche, il le faisait. Moi je croyais que c'était juste un jeu, je réagissais pas, mais ça me blessait énormément. J'attendais juste qu'il arrête par miracle car j'osais pas lui dire.

    Aujourd'hui je suis en 1ère année de Licence, je fais toujours une fixette sur mes cheveux et je stresse toujours avant d'aller chez la coiffeuse. Mes complexes se sont atténués mais bon, ça reste un sujet sensible.
    Il y a des choses qui restent, c'est pour ça que c'est important d'agir rapidement.
    A cette période je m'étais inscrite sur le FDA (Forum Des Ados) justement pour rechercher de la compagnie, parce que j'étais souvent seule aussi. Les forums peuvent aider aussi, c'était un peu mon refuge.
     
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  4. Nyx

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    J'espère que les mesures mises en place serviront à quelque chose.

    A mon tour de raconter ce qui m'est arrivé.

    De ce que je me souviens j'ai toujours été assez flippée du monde extérieur, déjà en maternelle vers trois ou quatre ans. Quand je suis arrivée dans la ville où je suis maintenant, à quatre ans, je me faisais un poil embêter par certains mais rien de notable du très peu dont je me souvienne.

    Les soucis ont vraiment débuté en primaire. Suite à du bidouillage administratif, des élèves de l'autre école du coin sont passés dans la mienne à partir du CP. Étant pas mal introvertie et calme, j'étais pas du genre à m'imposer, au contraire. Je ne me souviens presque plus mais petit à petit j'ai commencé à me faire embêter, notamment par les élèves qui venaient de l'autre école. C'était des moquerie régulières, des piques sur les vêtements que je portais, ou sur mes chaussures ou encore sur ma pilosité. J'en ai parlé à mes parents qui ne se rendaient pas compte, mon père me disait simplement d'ignorer, qu'ils étaient juste bêtes. Alors c'est ce que j'ai fait et ça a continué. Si bien qu'à 10ans déjà, j'avais peur de sortir de chez pour aller chercher du pain à 5min à pied de la maison, parce que j'avais peur de croiser du monde que je connaissais, parce que j'avais l'impression d'être constamment jugée par les autres.
    Les instits, eux, ne semblaient pas voir grand chose. Je me souviens d'une de mes profs en CM2 qui a dit "elle est timide" à mes parents, à l'époque j'ai pas trop compris ce qui s'est dit entre eux. Je me souviens d'une fois, en CM1 ou en CM2 je sais plus, où un élève m'avait traitée de "pute". Celui-là on va l'appeler "Médor" pour s'y retrouver. Une fille avec qui j'étais copine avait assisté à la scène et a été tout raconter à l'instit. Instit qui a passé un savon à Médor et ses copains, qui ont rétorqué qu'ils s'insultaient entre eux pour rigoler. Pour ma part j'étais incapable de réagir, de me défendre, j'avais appris à rester impuissante et courber l'échine quand il m'arrivait quelque chose. J'angoissais et souffrais en silence et puis c'est tout.

    Je me souviens aussi d'un autre truc, ma première rencontre avec un sentiment de panique affreux que j'ai par la suite vécu plusieurs fois. Ma mère m’emmenait à l'école le matin, je suis rentrée derrière la grille, on a continué à parler un peu. Et puis elle est partie et là j'ai eu une sensation étrange que je ne comprenais pas à l'époque. J'avais peur, envie de pleurer, je voulais que ma mère revienne me chercher et rester en sécurité. J'étais terrorisée d'être à l'école sans ma mère.


    Finalement je suis arrivée au collège. Et forcément les choses ont recommencé. Pour le coup au collège on était mélangés avec les élèves de l'autre école du coin. Pour ma part j'étais dans une école élémentaire plutôt calme en fait, et je me souviens que le comportement des élèves de l'autre école me faisait très peur quand j'étais contrainte d'y aller (quand il y avait des grèves d'instit par exemple. Ils étaient globalement plus agités et agressifs.
    Enfin bref ça a été une sorte de choc des cultures pour moi à l'entrée au collège. Et les élèves qui m'embêtaient en primaire ont continué, en se faisant suivre par ceux de l'autre école qui ne me connaissaient pas. Déjà à l'époque j'avais appris à me renfermer, à rester dans mon coin sans faire de vagues, alors j'ai continué sans pouvoir faire autrement. Ça ne m'a jamais empêché d'avoir quelques amis ou personnes avec qui je m'entendais bien cela dit.

    Je me souviens notamment d'un truc en sixième. J'étais du fait de tout le reste, très mal à l'aise lorsqu'intérrogée à l'oral. Et un jour pendant un cours d'anglais, le prof nous a demandé de nous interroger les uns les autres en choisissant nous-même à qui on posait une question. Assez vite les élèves se sont mis à m'interroger en permanence, au point où le prof a dû leur dire de me laisser tranquille.
    Cette même année de sixième il s'est aussi passé un truc qui a considérablement joué sur ce qu'est ma vie aujourd'hui, de manière très direct. Une amie m'avait montré un site de chat auquel j'ai vite pris gout. Je suis vite devenue accro à ce truc, puisque que ça me permettait de fuir la réalité, là-bah les gens étaient sympas avec moi, j'avais l'impression d'être acceptée. A part de là j'ai beaucoup trainé sur internet, j'étais complètement dépendante je pense. Et puis j'ai rencontré un mec qu'on va appeler S. S m'a fait croire qu'il était amoureux de moi. Bien naïve à l'époque j'ai foncé, on se parlait tout le temps. Il me racontait des mensonges pas possibles que j'étais incapable de détecter puisque je n'avais pas les connaissances pour me rendre compte qu'il racontait n'importe quoi.

    Puis il y a eu l'année de cinquième où les choses sont devenues bien plus difficiles. Je me suis retrouvées dans une classe où je ne m'entendais avec personne. Il y avait juste une fille, A, qui avait vaguement été gentille avec moi en sixième. Très vite je me suis collée à elle et c'est devenu ma meilleure amie jusqu'à ce qu'elle parte dans un autre collège en troisième. Je me faisais toujours embêter à l'époque, c'était même pire. Des moqueries tous les jours, des insultes.
    Un jour A et ses amies d'autres classes m'ont aidée à me lisser les cheveux, ce genre de trucs, pour me rendre un peu mignonne, et je suis arrivée comme ça au collège. Là il a dû se passer un truc parce que régulièrement après, des élèves venaient me parler pour me dire "eh Machin il veut sortir avec toi" "eh Machin il a dit que t'étais belle". Machin donc, a alors commencé à régulièrement me balancer des "t'es moche" gratuitement.
    Il y aussi eu un problème quant au garçon dont j'étais amoureuse cette année là. J'avais envoyé A lui dire que j'étais amoureuse de lui car j'étais trop timide. J'avais prévu mon coup: c'était le dernier jour avant les vacances, si je me prenais un râteau j'aurais deux semaines pour encaisser la chose et lui serait passé à autre chose. Sauf que son pote était là et qu'il a tout entendu. Malgré les deux semaines de vacances, à la rentrée il a raconté à tout le monde que je m'étais pris un râteau de l'autre. Du coup tout le monde s'est moqué pendant plusieurs semaines. Même plusieurs mois après une fille a fait exprès de parler tout le monde de sa copine devant moi pour me mettre mal.
    Des petits exemples comme ça il y'en a eu pas mal, une fois A a même giflé une fille qui m'embêtait trop. Force est d'avouer que c'était rigolo sur le coup. Mais il est aussi arrivé quelque chose de plus grave. Il y avait une fille, B, qui était plus ou moins "amie" avec moi et A mais en même temps qui me mettait très mal à l'aise, j'ai vite compris qu'elle était tout sauf mon amie. Je me suis vite mise à la détester sans trop savoir comment m'en débarrasser. Puis un jour elle et ses copines m'ont prise à parti dans la cour. Elles m'ont acculée contre un mur et B a commencé à me balancer des coups de pieds dans les jambes. Je pense avoir plutôt bien réagi à l'époque, je n'ai pas bronché, ne me suis pas défendue et ai attendu que ça passe. Une fois fini je suis directement allée voir les surveillants. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé ensuite mais B a dû en prendre pour son grade, parce qu'elle ne m'a plus adressé la parole mais m'a lancé des regards haineux jusqu'à ce qu'elle parte du collège.
    Le prof principal de notre classe et mes parents ont été mis au courant forcément. Je ne sais pas trop ce qui s'est passé mais clairement le prof avait l'air de s'en foutre ou de ne pas savoir gérer la situation. Il était incapable de sévir.
    Il y aussi eu des problèmes avec une copine de A, qui avait été ma copine en primaire aussi, une fille que je connaissais depuis la maternelle. On était plutôt proches et je l'avais ramenée sur le site de chat où j'allais. Elle a aussi parlé à S à l'époque. Et c'est là que je me suis rendue compte que S me mentait. Je ne sais pas trop ce qui s'est passé encore une fois, mais il s'est avéré que S était en fait une fille, et la copine de A lui avait donné mon numéro de téléphone pour qu'elle appelle chez moi. Fort heureusement tout cela n'a pas duré.


    Les années d'après ça a été un peu plus simple je crois. Je subissais toujours les moqueries régulières mais j'étais devenue amie avec une fille appréciée de pas mal de monde, aussi cela m'assurait d'assez bonnes relations avec certaines personnes. Le seul truc qui m'a vraiment marqué c'était en troisième, pendant un cours d'éducation sexuelle. Il y avait un mec dans la classe qui était assez grande gueule et qui m'emmerdait parfois. A l'époque je trainais pas mal avec un garçon et donc pendant le cours, l'autre a fait quelques réflexions désobligeantes. "Vous couchez ensemble?" Ça encore c'était soft. Et puis il m'a sorti "T'as l'hymen tout poilu?" Puisqu'à l'époque on m'attaquait beaucoup sur ma pilosité, même les personnes avec qui je trainais d'ailleurs. Ce mec s'est aussi moqué de moi parce que je suis venue en mini-short à l'école, comme si je n'avais pas le droit de m'habiller normalement.
    En fait il y aussi eu un problème avec Médor, dont je parlais au début, puisqu'il était dans ma classe. A l'époque un garçon me plaisait, et mes amis étaient au courant. Médor l'a entendu et a tout naturellement tout cafté à tout le monde, m'assurant un bon tapage de honte, heureusement moins qu'en cinquième tout de même.



    Et puis c'est là qu'arrive le véritable drame: l'entrée au lycée.
    A ce moment là, autant dire que j'étais bien attaquée du bulbe: j'étais complètement flippée du monde extérieur, accro à internet, j'avais peur de l'école, j'étais complexée par mon apparence à cause des moqueries et persuadée d'être moche.
    J'avais pas des résultats scolaire top non plus étrangement, du coup j'ai été dans le lycée de secteur du coin. Et c'était loin d'être un bon lycée, autant le dire.


    Donc en seconde je me suis retrouvée dans la classe de gens qui étaient avec moi au collège et d'autres qui venaient d'autres coins. Assez évidemment tout a recommencé comme avant. Sauf que cette fois là je n'avais pas réussi à me faire de véritable ami fiable dans la classe. Je me sentais encore moins à ma place qu'avant, j'avais la boule au ventre à l'idée d'aller en cours, je n'arrivais même pas à suivre. Bref, c'était génial.
    C'est à ce moment là que j'ai découvert l’ancêtre du forum sur lequel nous sommes. En parlant avec d'autres membres j'ai fini par me rendre compte de ce qui n'allait pas. Je n'en avais pas conscience avant. Je me suis rendue compte que c'était véritablement de la peur que je ressentais, que ça soit en allant au lycée ou en sortant de chez moi pour faire le moindre truc. J'étais terrorisée par le monde.

    Assez vite j'ai décidé d'en parler à mes parents, bien que ça soit très difficile. J'ai écrit un mail à ma mère, dans lequel je disais à quel point j'avais peur, à quel point je ne supportais pas plein de trucs. S'il y en a encore ici qui me connaissent, ils savent à quel point ma mère est une personne difficile et à quel point j'en ai chié à vivre avec elle, mais pour le coup elle a eu une réaction exemplaire. Elle m'a dit qu'elle avait lu mon mail, elle m'a demandé ce que je voulais faire pour changer tout ça. Forcément je ne savais pas quoi faire. Alors elle m'a proposé de consulter un psychiatre, j'ai accepté et c'est ce qu'on a fait. C'est comme ça que j'ai découvert les joies de la psychiatrie en France, mais ça c'est encore un autre problème...
    La psy que j'ai vue à l'époque m'a vite dit que j'avais une "phobie sociale généralisée" et également que j'étais en dépression. J'ai été mise très vite sous anti-dépresseurs (pour la petite histoire, j'ai découvert presque dix ans plus tard que la molécule qu'elle m'avait prescrite était déconseillée aux mineurs, puisque qu'augmentant les risques suicidaires, bravo docteur...) et sous anxiolytiques.
    Du coup j'arrivais en cours complètement défoncée par les médocs, j'arrivais limite pas à tenir la tête droite. Je me souviens d'un matin où la prof de français voulait m'engueuler devant toute la classe pour avoir rendu copie blanche (j'ai aussi développé petit à petit une anxiété de performance, n'arrivant jamais à bosser) et où j'étais tout bêtement incapable de la regarder tellement j'étais fatiguée par mon traitement. Je crois que j'angoissais toujours autant d'ailleurs.
    Enfin bref l'administration du lycée a été mise an courant, la prof principale aussi. Moi j'ai commencé à sécher les cours à cette époque parce que j'avais peur. Et quand j'y allais je ne mangeais pas le midi, parce que je ne voulais pas rester toute seule à ma table et qu'on se moque de moi. Au moins je suis mieux foutue aujourd'hui puisque que je n'ai jamais repris le poids perdu à l'époque haha. J'ai fini par avoir un emploi du temps adapté pour éviter que je ne lâche totalement le lycée. On m'avait laissé deux matières que j'aimais bien et une où j'étais avec des élèves d'une autre classe que j'aimais bien.

    Du coup à la fin de l'année on a essayé de me faire passer dans une filière techno dispo dans un autre lycée du coin, pour que je puisse changer d'établissement en espérant que ça se passerait mieux là-bas. Je ne sais pas si la prof principale avait fait du forcing ou quoi mais j'ai été acceptée.

    Autant avouer, avant ça je m'habillais n'importe comment, c'était d'ailleurs l'un des trucs qui me valait des moqueries. En entrant en première, j'ai décidé d'enfin oser porter des trucs qui me plaisaient. Je m'habillais toujours n'importe comment... mais au moins c'était volontaire et assumé.
    De même ça ne s'est pas très bien passé à l'époque, j'étais pas mal mise à l'écart par le groupe. L'ambiance de la classe était assez bizarre d'ailleurs: des petits gosses de bourges qui ne pensais qu'à se bourrer la gueule ou se défoncer, et jouaient les faux-culs les uns avec les autres.
    Je me souviens d'un mec pendant un cours, lorsque j'avais la tête tournée dans sa direction, qui m'a lancé d'un air agressif un "Wesh, souris!". Même mec avec qui il a eu un problème sur le facebook de la classe d'ailleurs. Quelqu'un avait posté une vidéo qui s'appelait "suicide social", et lui a commenté en disant "Vu le nom de la vidéo c'est pour [insérez ici mon prénom]", en croyant que je ne l'avais pas vu.
    C'est aussi cette année là que j'ai rencontré mon premier copain, moi qui étais persuadée que je ne plairais jamais à personne, que j'étais moche et j'en passe. J'ai fait à ce sujet ce que je pense aujourd'hui être une erreur: j'ai assumé. Pourquoi était-ce une erreur? Parce que notre relation n'était pas des plus "normales", en effet monsieur avait 13ans de plus que moi. J'ai donc subi des moqueries et des réflexions à ce sujet, j'avais notamment l'impression d'être considérée comme une "salope" par une autre élève de la classe.

    Enfin bref, même si factuellement je n'étais plus harcelée, ça ne se passait pas franchement bien non plus, j'avais toujours une peur monumentale d'aller en cours et j'ai lâché le lycée en milieu d'année.



    Je mets la "fin" de l'histoire en spoiler pour ceux qui veulent, puisque que ça n'a pas de lien direct avec le harcèlement en lui-même:

    Après cette année de première non terminée, je suis retournée en seconde suite à quelques magouilles pour me permettre de repartir d'un meilleur pied dans un troisième lycée. J'ai eu la chance d’atterrir dans une classe option japonais, où je me suis intégrée sans trop de mal puisque mes centres d'intérêt coïncidaient mieux avec ceux des autres. De plus je n'étais pas la seule dans la classe à avoir eu un vécu difficile avec l'école et, si j'étais la plus vieille de la classe, je n'étais pas la seule à avoir deux ans de retard.
    Malheureusement les choses ne se sont pas super bien passées là non plus. J'étais toujours en dépression, phobique et j'ai fait une tentative de suicide en décembre je crois. Je séchais souvent les cours (en étant couverte par mes parents), je ne me sentais pas bien au lycée. J'ai d'ailleurs eu des problèmes avec l'infirmière qui m'a engueulée pendant un moment quand j'ai été la voir pour rentrer chez moi parce que je ne supportais plus. Elle a finalement appelé ma mère au téléphone, lui a aussi pris la tête. Puis a recommencé quand ma mère est arrivée. J'avais l'impression qu'on me reprochait de ne pas faire assez d'efforts alors que j'étais au plus bas et terrorisée. Il y a aussi eu le CPE qui ne semblait pas me croire quand je disais faire de la phobie scolaire, pour lui j'étais juste une feignasse qui ne foutait rien.
    Je suis quand même passée en première tout juste. "Bah oui on peut pas te faire tripler", que m'avait dit ma prof principale devant tout le monde... J'ai refait une tentative de suicide l'hiver, et j'ai commencé à vraiment décroché. Au final je crois que je n'ai plus remis les pieds au lycée après les oraux de TPE.

    C'en est suivi une grosse période de repli où j'ai perdu mes amis du lycée, où je ne voyais plus que les personnes avec qui j'ai eu des relations amoureuses à l'époque. J'alternais phases où ça allait à peu près et périodes de grosses dépressions où j'avais du mal à bouger et des idées noires, le timing étant pas mal conditionné par le passage des saisons. Je n'avais plus de suivi psy régulier depuis un moment, étant incapable de prendre des rdv parce que déprimée+peur du téléphone...
    Au bout d'un ou deux ans je crois, j'ai été voir la mission locale qui a commencé à m'aider. Ça a été difficile mais ma conseillère a fini par me mettre dans une École de la deuxième chance, où j'ai échoué pour le même genre de raisons que d'habitude. La-bah j'ai fait la connaissance de deux personnes qui sont aujourd'hui encore mes amis, dont une d'ailleurs que j'avais rencontrée sur internet quelques années plus tôt.


    Bref j'en ai chié sur tous les plans pendant pas mal d'années.
    Aujourd’hui je suis à la fac pour passer une espèce d’équivalent au bac scientifique pour pouvoir reprendre mes études. Je ne sais pas trop quoi faire après mais je me laisse un peu le temps de voir.
    J'ai encore ma saloperie de trouble anxieux qui me gâche un peu la vie et je sais que je ne suis pas tirée d'affaire concernant les tendances à la dépression mais ça va tout de même mieux. Je n'ai plus peur de sortir de chez moi, j'ai même découvert que j'étais plutôt sociable bien que je ne trouve pas beaucoup de gens très intéressants, j'arrive à téléphoner sans flipper plus que de raison, j'ai des relations cordiales avec mes camarades de fac.
    Et puis après trois ans passés avec un saguin qui me faisait croire que je n'étais pas normale à avoir besoin d'affection et d'attention, j'ai rencontré un copain qui est très gentil et toujours là pour moi. D'ailleurs je l'ai rencontré grâce à un centre d'intérêt commun dont j'ai de plus en plus envie de faire mon boulot, comme lui.
    Tout n'est pas facile, j'ai toujours des angoisses, je sais que la dépression frappera à nouveau un jour ou l'autre. Mais j'avance petit à petit avec les ressources que j'ai. J'ai abandonné l'idée de m'intégrer socialement en étant comme tout le monde, et par la même occasion je prend conscience que ne je suis pas si "bizarre" que ça contrairement à ce qu'on m'a poussée à croire plus jeune.


    Pour ma part, le harcèlement a été tellement constant pendant des années que ça a impacté ma vie de manière très profonde. Ça a modelé les comportements que j'ai aujourd'hui, ça a contribué à me faire développer certains centres intérêt plus que d'autres, ça m'a fait faire de formidables rencontres sur internet que je n'aurais sans doute pas faites sans cela. J'ai beaucoup souffert de tout cela mais je ne regrette pas d'être passée par là. Je vois maintenant tout ça comme une partie intégrante de ma vie. J'ai toujours honte malgré moi de ne pas avoir su réagir, de ne pas m'être défendue à l'époque. Mais je sais aujourd'hui que je n'y suis pour rien.
     
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  5. Jokies

    Jokies La muse photographe
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    Je ne sais pas si vous avez vu ce film "Wonder" qui est passé hier soir à TV, il m'a énormément touché du début à la fin. Je vous recommande vraiment de le voir.

    Je vais aussi me confier à vous, vous raconter un passage de ma vie que je préfère laisser loin derrière moi, mais qui fait parti de moi et ma force de vivre.

    Je suis arrivée en France à 6 ans, je ne parlais pas un seul mot Français. Je n'ai jamais été à l'école auparavant car dans mon pays d'origine la Roumanie, j'étais dans un orphelinat. Là-bas les enfants "orphelins" n'ont pas la chance d'avoir un bel apprentissage. Je souviens de mes rares souvenirs d'enfance, d'avoir mon meilleur ami Christie, il n'était pas orphelin. Sa mère était alcoolique, violente, et son père jouait aux jeux, ne l'a jamais assumé car il ne voulait pas de lui, décris irresponsables Christie était le seul enfant ayant des parents à l'orphelinat. Là-bas personne ne voulait lui parler, c'était un petit blond au cheveux longs de 6 ans qui n'avait pas envie de vivre. Il se faisait insulter car c'était le seul enfant qui avait aux yeux des autres "la chance d'avoir des parents". Et moi je me souviens très bien, il était mon premier amour, mon frère, mon meilleur ami, j'étais la seule à l'accepter et à l'aimer. Nous étions tout le temps ensembles, dans notre petit monde qu'on avait inventé à deux. À ses 18 ans je savais qu'il allait partir de l'orphelinat qu'on allait le mettre "à la rue", c'est comme ça que ça se passe dans ce pays. Tout comme moi ça aurait pu m'arriver...

    Un jour, une femme et un homme sont arrivés à l'orphelinat, Christie et moi on se demandait ce qu'ils voulaient. Ils sont arrivés et ont offert des cadeaux à tout les enfants, pleins de jouets, moi c'était un petit appareil photo polaroid, je l'adorais. Et puis après, ils ont amenés une femme pour moi. Cette femme a commencé à s'occuper de moi et à m'apprendre le Français. Je comprenais toujours pas ce qu'il m'arrivait. Quelques mois plus tard, je suis partie en avion avec ces deux personnes, qui furent mes parents adoptifs. Je l'ai compris vers mes 10 ans, ce que ça voulait vraiment dire, avoir une famille et des parents. Mais moi je voulais être avec Christie, pendant des années et encore aujourd'hui je pense à lui. Je demandais encore des nouvelles à mon grand-père et à mes parents, qu'est-il devenu, où est-il, pourquoi vous ne l'avez pas choisi avec moi. Mon grand-père m'a dis un jour, là où il est l'est, il repose en paix... Je ne comprenais pas encore... Il s'est suicidé quand il avait 8 ans... Depuis je n'ai plus jamais reparler de lui, mon coeur brisé de l'avoir perdu à jamais...

    À mes 6 ans lorsque je suis arrivée en France, j'ai commencé à faire ma première journée d'école en CP. J'avais tellement hâte, j'adorais découvrir les choses, je voulais rencontrer pleins de gens et me faire de nouveaux amis. Sauf que tout mes rêves se sont très vites envolés. Personne ne voulait me parler, car j'étais cataloguée "la Roumaine, grosse et sans famille"... Ma vie a complètement changé. Peu de gens me comprenaient quand je parlais, car je venais d'arriver. Tout est allé très vite. Il y a avait un groupe de filles, Sixtine la plus populaire m'a souvent insultée, bousculée violemment par terre, j'étais sa victime avec toutes ses amis. Je ne parles même pas des mecs, aucun ne voulait me regarder encore moins me parler, "j'étais moche et grosse". Je ne savais pas me défendre avec les gestes, encore moins avec les paroles puisque on ne me comprenait pas. Alors du CP jusqu'à la 6ème j'ai continué les cours avec envie, car j'aimais apprendre. Arrivée en 6ème, le collège fut encore plus traumatisant pour moi. Toujours aucun amis, et les conflits familiaux lorsque je rentrais le soir ne m'aidait pas plus à m'en sortir. Ma mère battait mon père et moi-même ainsi que ma soeur (adoptive aussi)... Alors un soir, je leur ai dis je veux partir en internat, loin de tout ses problèmes. Eux, qui ont adoptés des enfants n'ont pas hésité une seconde, à se débarrasser de moi. Il faut savoir que je n'ai jamais aimé ma mère adoptive, c'est un monstre avec toute la famille. Elle a voulu des enfants, sans jamais pu en avoir. Elle ne s'occupait jamais de nous, nous n'avions aucune activé avec elle que ce soit un petit cinéma en famille ou des vacances scolaires. Quant à mon père... Je ne n'ose même pas vous en parler, je vous laisse imaginer le mal qu'il m'a fait à 11 ans... Voilà pourquoi cette envie indéniable de fuir tout ce cauchemar. J'avais cette force de vouloir ma liberté à tout prix, malgré mon très jeune âge.

    Je suis alors à l'internat. Des insultes à répétions, et toujours aucun amis. J'ai vécu la période la plus noire de ma vie, l'adolescence "émo et gore". Je finis par tomber dans une grosse dépression. Incapable de venir en cours, tellement j'appréhendais ce cauchemar, qu'étais l'école. Je fais un tentation de suicide, je me suis retrouvée une semaine hospitalisée sous perfusion. Mes parents par panique, m'ont retirés de l'internat et m'ont envoyés en hôpital psychiatrique pour mise en danger de soi-même. On a alors commencé à me droguer de médicaments et à m'enfermer entres quatre mur pendant des mois, des années... Cette période là, du haut de mes 12 ans jusqu'à 15 ans on m'a baladé de hp en hp car j'avais choisis la liberté à l'enferment. J'ai commencé à me rebeller contre mes parents, ma mère surtout qui voulait m'enfermer à chaque fois que j'arrivais à m'échapper de "l'asile des fous", au lieu de me garder près d'elle et me protéger. Un jour lors d'une fugue recherchée par la police, je me suis retrouvée au commissariat 24h en garde à vue, c'était ma mère qui avait fait exprès de m'y laisser. Ce jour-là j'avais rencontré une fille, elle avait 2 ans de plus que moi. Elle m'avait dis si un jour ça va pas, viens chez moi. C'est ce que j'ai fais à ma sortie de garde à vue. Je ne suis plus jamais retournée chez mes parents depuis ce jour, et plus jamais en hp. J'ai trouvé ma première amie, qui jusqu'à mes 18 ans n'a jamais cessé de me soutenir. Je me suis promise de ne plus revoir mes parents, de rester éloignée d'eux car c'était eux qui me faisaient le plus souffrir au final. J'ai pris mon indépendance et réussis à construire une autre vie, qui est la mienne.

    J'aimerais vous dire là où mon témoignage nous mène, une chose est sûr, la famille et l'éducation d'un enfant est primordial. Les enfants reflètent le comportement de leur parents.
    La moralité est là, les enfants qui sont victimes font acte du silence pour mieux se protéger des ses mauvaises vermines. Ceux qui nous insultent, nous rabaissent, veulent vivre de notre souffrance. Mais ces enfants "criminels" sont parfois les plus malheureux. J'aurai pu comme d'autres, vouloir prendre le mauvais côté et frôler l'essentiel. Je suis incapable d'être méchante gratuitement, mais face à ces enfants qui veulent montrer le mauvais côté, se cache souvent un mal-être indescriptible. Ils préfèrent usé de la force négative que montrer leur bon côté, pour eux c'est une faiblesse. Pour nous les victimes ça doit devenir une force de se battre pour soi et être heureux, on le mérite tous.
     
    #5 Jokies, 9/11/18
    Dernière édition: 9/11/18
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  6. Loly

    Loly Point.
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    Contente que ce post est le vent en poupe ! C'est une bonne chose qu'il puisse permettre aux membres de se soulager en racontant leur histoire, et j'espère qu'il aide également une majorité silencieuse. De filles, comme de garçons d'ailleurs.

    Des bisous, n'hésitez pas à continuer à vous exprimer, ici comme en privé si c'est trop délicat pour vous d'en parler ici mais que discuter vous ferez du bien.
     
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  7. Bruume

    Bruume Membre actif

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    Personnellement il m'a fallu énormément de temps avant de me remettre du harcèlement et encore aujourd'hui j'ai pas mal de séquelles.

    Mais si ça peut aider certains, je partage mon expérience.


    Alors, déjà j'ai toujours eu des problèmes plus ou moins grave au niveau familiale (argent, maltraitance etc etc...) . Quand je suis rentré au primaire, une des filles de la classe était ma voisine. Et sa famille a toujours (et est toujours) très riche. Donc je suis devenue son attraction: me pointer du doigts, m'insulter, monter les autres contre moi parce que j'étais " la petite pauvre". Ca va vite quand on est gamins : tout le monde préfère celle qui a de beaux habits et des nouveaux jouets h24. Au début j'étais agressive, je voulais pas me laisser faire, mais bon, quand les plus grand du primaire on en profité pour me pousser, me baffer etc.. j'ai laisser tomber. Je rentrais avec des bleus tous les soirs et ma famille n'en avait pas grand chose à faire.
    En CM1 ma mère décide quand même de me changer d'établissement et on choisis un établissement privée, avec une très bonne réputation en se disant que je serais plus tranquille la-bas. Et se fût le cas, la première année arrivait la bas je me suis faites des amis, tout aller bien. L'école me permettait de souffler.
    Mais en CM2 la quasi totalité de mes harceleuses ont elles aussi décider de venir dans cet établissement. L'enfer a recommencer, mes amis m'ont laissé pour aller avec elles.

    Arrivée au collège (toujours le même etablissement donc toujours les même filles). J'avais concrètement très peur. Ca résume mes quatres ans de collège. Je pleurais tous les matins en allant au collège, j'avais peur, beaucoup de crise de panique. Tous les jours je me faisait taper, humilier, mise à l'écart, les garçons me touchait les fesses ou la poitrine quand je passais dans les couloirs. On m'enfermait dans les toilettes, mes affaires disparaissaient pendant des journées entières, et le soir l'enfer continuait sur les réseaux sociaux.
    Chaque année j'essayait d'en parler avec un prof, mais à chaque fois c'était la même réponse: "Ils ne font que jouer, n'y fait pas attention et puis tu as de bons résultats alors tout va bien." Chez moi c'était le même discours donc je pouvais pas vraiment en parler.

    Pendant ces années de collège, je m'étais enfermé sur moi-même parce que j'avais peur du monde extérieur, j'avait peur de ce que les autres pourraient me faire ou dire de moi alors je ne sortais jamais ou le peu que je sortais j'allais me cacher dans un coin ou jamais personne ne venait. Chez moi, j'allais beaucoup sur des forums, sa m'aidait pas mal, les gens ne m'y juger pas et ca me permettait de socialiser un peu, car je n'avais vraiment aucun contact irl.

    ( Je vous zappe toutes les conneries que j'ai pu faire en croyant que sa m'aidait.)


    Ensuite, entrée au lycée. J'avais un bon dossier alors je vais dans un lycée privée tres réputé aussi en me disant que sa irait peut-être mieux. Mais non, beaucoup de gens de mon collège y sont allé aussi, donc tout à continuer en plus violent. On m'attendais à la sortie des cours, on me balancait des cailloux dessus, tout le temps. On me disait d'aller me suicider, que je servais à rien, que personne ne m'aimait.
    Je laissais plus personne m'approché ou me parler car j'étais terrifié. Je passais mes récréations cachée dans les toilettes, j'évitais au maximum les vestiaires pour le sport. J'évitais au maximum les réseaux sociaux aussi. Tous, car j'y était partout, tout le temps, par des gens que je ne connaissais même pas. On me prenait en photo, on les modifié, on les mettais sur les réseaux, on m'insulter.
    C'était vraiment pénible, parce qu'en parallèle c'était limite pire chez moi.
    Donc je ne sortais plus, j'étais terrifiée à l'idée que quelqu’un puisse me faire du mal. Et dès que quelqu'un me touchais, même juste une main sur l'épaule, j'explosais. Je pleurais, je hurlais, c'était impossible a retenir. Personne pouvait m'approcher.

    Mais j'ai eu mon bac.
    Pour m'aider à recommencer une nouvelle vie, j'ai changer officiellement de prénom.
    J'ai réussis, maintenant je suis en fac de psychologie.

    Je sais que toutes ces années de harcèlements constants m'ont totalement changé, et aujourd'hui j'ai encore énormément de mal à faire pleins de choses.
    Mais j'y arriverais.

    Donc faut pas perdre espoir, même quand on est au plus bas, et qu'on en vois pas le bout, y'aura toujours une fin. On s'en sort toujours, c'est long mais on y arrive.

    Plein de bisous ♥
     
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