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Etudiants en université, exprimez vous !

Discussion dans 'Débats' démarrée par Forest-Delirium, 13/5/18.

?

Quel mode de gouvernance pour les facs françaises ?

  1. Autogestion totale des personnels et étudiants

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  2. Système hiérarchique avec instance de dialogue fondamentale et référendums systématiques

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  3. Administration forte et démocratie représentative ou non

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  1. Forest-Delirium

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    Bonjour à tous ! En ce moment, comme nous le savons tous, la France traverse une situation de crise sociale très turbulente malgré le fait que les épicentres de contestation soit fortement localisés. L'université est en plein dans ce questionnement systémique et identitaire, que cela soit conscient ou inconscient. Mais même avant les grèves et blocages anti-gouvernement, je me suis souvent intéressé à la gouvernance et à la gestion des universités françaises ainsi qu'au concept d'autogestion et de démocratie directe jadis théorisé au cours du XIXème et XXème siècle par de multiples mouvements intellectuels et libertaires, notamment de gauche.

    Ainsi j'ouvre ce topic pour instaurer un débat sur la gestion universitaire et ce qui touche de près ou de loin le champs étudiant. Dans le monde, plusieurs systèmes universitaires attachés à des pratiques économiques et sociales spécifiques coexistent, et la France est un cas de figure intéressant à étudier de par ses orientations politiques et revendicatives historiquement enracinées. Je n'imposerais pas de questions bien définies afin de laisser libre cours à la parole spontanée de chacun, mais pour créer un tronc commun malgré tout, pensez vous que la fac gagnerait à être totalement autogérée par ses étudiants et personnels, qu'elle pourrait expérimenter une cogestion modérée entre administration et étudiants, ou bien qu'elle doit être dirigée par une administration forte à la démocratie représentative ou même sans aucune représentation démocratique ?

    Pour ma part, je pense que le système actuel est obsolète et ne correspond ni aux aspirations étudiantes (en majorité attentistes mais non apolitiques à mon sens) ni à une modernité humaniste du XXIème siècle. Les syndicats étudiants me paraissent en rupture avec beaucoup d'étudiants ne se sentant par représentés par leurs idéologies ou modes d'actions mais malgré tout plusieurs études assurent qu'ils ne sont pas en dehors de la politique, simplement en recherche d'une voie alternative allant au delà du navrant establishment actuel. Et d'autre part, les administrations sont bel et bien coupées de toute volonté de débat constructif, soit par volonté d'asseoir leur pouvoir, soit par manque de méthodologie démocratique.
    A mon sens, sans toutefois être dans une autogestion totale, qui me semble techniquement très difficile à mettre en oeuvre ("dictature de la majorité", décisions très lentes à appliquer, etc), le monde universitaire gagnerait à être régi par des rapports hiérarchiques intelligents selon le modèle de la démocratie semi-directe et du référendum presque systématique. La création d'une nouvelle institution de dialogue entre l'administration et les étudiants (pas forcément des assos ou des syndicats) légalisé par le code universitaire serait aisément faisable avec la bonne volonté de chacun, et les deux côtés seraient responsables vis-à-vis de l'autre.
    Un de mes rêves seraient également la création, dans toutes les facs françaises, d'un département totalement autonome et intégralement contrôlé par les étudiants volontaires : il s'agirait d'un lieu d'échange artistique, culturel et politique, administrativement rattaché à l'université d'origine mais de facto quasiment autonome, permettant ainsi un autre lieu d'enrichissement intellectuel en complément des structures et cours déjà existants, ouverts à tout les étudiants et plus ou moins à tous les français désireux de contribuer à l'enrichissement et à l'épanouissement interculturel.

    La parole est à vous !
     
  2. BRJ

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    Pourquoi l'enseignement supérieur, plus particulièrement les facs, devrait être forcément un espèce de lieu qui se destinerait à apprendre une forme de démocratie directe à ses étudiants ?

    Je veux dire, pourquoi ce lien entre une zone de l'enseignement supérieur "restreinte" (l'université) et la démocratie directe ?
     
  3. Forest-Delirium

    Forest-Delirium Membre actif

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    A mon sens, l'université est un lieu charnel dans le façonnement intellectuel du citoyen et, plus généralement de l'individu. En plus de se former et d'obtenir les méthodes nécessaires au travail futur, l'université couple les apprentissages à l'autonomisation de la pensée critique et pose les bases d'une philosophie de vie permettant l'exploration et la remise en question perpétuelle, et pas seulement d'un point de vue culturel mais même professionnel.
    C'est pourquoi je soutiens la démocratie, au moins semi-directe, car les administrations concentrent entre leurs mains un pouvoir gestionnaire immense à la base et se doivent d'être un minimum contrôlé pour assurer non seulement des techniques de formation professionnelles réellement utiles et modernes pour les étudiants, mais en plus pour "sécuriser" ce lieu en tant qu'institution interculturelle fondamentale du développement humain.
    Il est bien-sûr évident que la fac est faite pour apprendre puis s'insérer sur le marché du travail mais cela ne saurait être utile, du moins pour moi, sans la stimulation collective d'un échange permanent entre les apprenants. L'apprentissage, pour être efficace, ne peut seulement être débattu par les administrations (même si elles ont les qualifications et le "patrimoine" intellectuel pour le faire) mais doit également faire l'objet du propos étudiant, tant que, dans les deux cas, perceptions objectives et raisonnables demeurent.
    Voilà pourquoi la démocratie est importante en université.
    Pour ta part que penses tu ?
     
  4. BRJ

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    Sur ce point je te rejoins. Mais à mon avis de simples ateliers "citoyens" et autres cours de logique suffiraient.

    Je comprends la nécessité d'un contrôle du contenu et de la qualité des enseignements vu qu'ils proviennent d'un service public, mais je ne vois pas en quoi les étudiants pourraient avoir un rôle autre que consultatif étant donné leur manque d'expérience dans les domaines à juger.

    Je suis un gros partisan d'une démocratie directe à l'échelon local (ville, département). Mais je pense que l'université ne devrait pas concentrer toute les instances d'apprentissage de ces nouvelles pratiques. D'une part car l'université limite d'elle-même ces capacités d'apprentissage (jusqu'où les étudiants peuvent-ils prétendre à décider collectivement au nom de leur université ?), et d'autre part car tout le monde n'est pas à l'université (hors la démocratie directe nécessite la participation du maximum de citoyens).
    Je veux dire que l'idée n'est pas mauvaise en soi, juste que l'université n'est pas vraiment l'instance de vie citoyenne à modifier en priorité à mon avis.
     
  5. Kiss

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    C'est quand même pas compliqué de comprendre que les gens ne sont pas faits pour rester assis dans sur un banc à écouter bêtement et noter.
    Les gens s'en sortent tellement mieux quand c'est eux-mêmes qui font la démarche de recherche et de compréhension..

    J'vais vous donner deux exemples très simples : l'informatique et les sciences politiques. Ces deux filières sont généralement très bien réussies par la plupart des personnes qui y sont. Est-ce parce que c'est simple ? Je n'en ai pas l'impression. La vérité, c'est que dans ces filières généralement c'est l'étudiant qui fait les démarches d'apprentissage.

    Donc oui, évidemment qu'il faut l'Université autogérée. Que ce soit par soucis d'éthique, d'égalité ou même de pratique.
    C'est con, mais un progessur d'université n'a pas nécessairement besoin de s'y connaître beaucoup plus que ses élèves pour fournir un enseignement de qualité.

    Alors prenez vos facs, foutez des caddies et des poubelles et inventez vos méthodes d'apprentissage.
     
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  6. Forest-Delirium

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    @BRJ ton idée d'ateliers citoyens et autres cours de logique est tout à fait louable, mais personnellement je crois profondément que ce ne serait pas suffisant, car nous voyons justement de base comment fonctionnent de tels dispositifs au collège et au lycée par exemple : les cours d'éducation civique servent en majorité à rien si ce n'est à asséner le credo interminable des institutions républicaines et j'en passe...d'ailleurs ce n'est pas tellement cela qui me dérange, car il est légitime de connaître le système politique de son pays et "d'éduquer" le citoyen, mais actuellement, mis à part dans une minorité de lycées (j'ai eu la chance d'avoir été dans un de ses établissements, et public par l'ironie du sort), tout ce qui touche à l'éducation civique ou autre n'est absolument pas adapté et à mon sens, c'est du pas seulement au manque d'autorité mais aussi au fait qu'on n'apprend pas assez les gosses à penser d'eux même par confrontation d'idées et de concepts

    Sincèrement je ne crois pas que les étudiants, du moins tous, manquent d'expérience en ce qui concerne les prises de position, en fait je pense plutôt qu'une démocratie semi-directe en relation avec l'administration permettrait justement de construire dans l'esprit des étudiants les outils de l'autonomie démocratique au fil de leur cursus par le biais des référendums et des discussions organisés quotidiennement. De ce fait je me distingue de la démocratie directe, laquelle, en effet, me paraît trop complexe et spontanéiste pour le bon fonctionnement économique et conjoncturel de la fac, car comme tu le dis, les étudiants que nous sommes ne sommes pas encore assez loin pour complètement décider de tout le fonctionnement de l'établissement. Ce que je prône, c'est un dialogue démocratique obligatoire et renforcé légalement entre l'administration et les étudiants/personnels, ce qui me paraît techniquement plus faisable et tout aussi intéressant.

    Pour revenir à la démocratie directe, nous avons des perceptions qui se rejoignent fortement, et sommes en effet d'accord pour dire que des étudiants ne peuvent pas gérer seul un lieu d'échange intellectuel et de formation professionnelle. J'insiste juste une fois de plus sur le point suivant : avec un modèle de dialogue adapté, l'entente mutuelle pourrait mieux passer et les étudiants ont le droit légitime de contrôler les enseignements et la vie locale. Par contre je ne crois pas que la démocratie directe ait besoin du plus de citoyens possibles pour fonctionner, tout dépend du cadre local d'application et des circonstances en question.

    @Kiss Sur les premiers point que tu soulèves je suis tout à fait d'accord avec toi, l'Homme ne peut se développer en recopiant bêtement ce qui a jadis été théorisé et vu et l'université doit être le plus autonome possible dans la recherche et l'enrichissement pédagogique.

    Toutefois, là où j'ai un peu plus de mal à adhérer, c'est l'exemple des deux filières que tu mets en avant : en effet, toutes les filières dans lesquelles l'autonomie sont les plus poussées ne sont pas forcément caractérisées par une réussite élevée des étudiants. A titre d'exemple, en sciences sociales, le taux d'échec est réellement considérable et je peux te garantir qu'on nous laisse énormément de temps libre et d'autonomie dans les travaux de recherche. D'où la nécessité, pour moi, de trouver un juste milieu car l'encadrement par une hiérarchie, tant que celle ci n'est pas autoritaire et est constitué d'acteurs raisonnables, est un véritable facteur de réussite.

    Oui, c'est vrai, un prof de fac n'est pas forcément plus apte à diriger les enseignements qu'un étudiant très cultivé et motivé, mais je ne crois absolument pas à l'autogestion dans le sens où, dans tout apprentissage, tu auras toujours besoin de comparer le fruit de ton taf pour mieux le cerner et l'améliorer, et cela je pars du principe que tu ne peux pas seulement le faire avec des étudiants, aussi cultivés soient-ils, mais il faut un individu qui offre au moins un fil directeur dans les recherches, sinon quoi ça sent la paralysie.

    Toutefois je suis bien d'accord que l'égalité et l'éthique sont des problèmes considérables des facs françaises et que Parcoursup ne résout pas la situation, au contraire, il me semble que Parcoursup ne soit absolument pas une solution (surtout que le cadre légal de son fonctionnement est très mal délimité et laisse la place à nombre d'abus) et que la véritable solution, c'est un vrai budget pour moderniser le système et plus de démocratie institutionnelle.
     
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  7. AULP

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    Je ne suis pas étudiante. Je devrais y être depuis deux ans. J'y connais rien en université. Je sais en tous cas que Rennes 1( entre autre la philo, maths, physique, chimie et biologie entre autres avec qui mon père a travaillé sont administrativement plus rigoureux que Rennes 2 ( le reste donc le social, les lettres ) avec qui mon père a aussi travaillé. Rennes 2 est en grève bien plus facilement que Rennes.

    Je réagis juste parce que je trouve que l'idée de Bâtisseur est une très belle idée. J'avais la même pour le lycée et le collège, pour que les collégiens réfléchissent un peu plus que de devenir la masse uniforme que représente les trois quart des collégiens. Bon vous me direz on peut s'épanouir en faisant la même chose que son voisin. Et pour que les lycéens prennent en main le sens critique au lieu d'être un mot que la prof d'histoire répète a chaque cour.
     
  8. Forest-Delirium

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    @AuroreUllysse cela s'explique également par le fait que les filières littéraires ou des sciences humaines sont beaucoup plus contestatrices et "à gauche" que les filières des sciences dites "dures" ou moins autonomes dans les savoirs. Dans ces dernières, il y a une tradition plus encadrante et dirigiste, et parfois des gens issues des classes plus aisées ou de milieux bourgeois (il suffit de comparer les us et coutumes des étudiants en droit de Nanterre avec ceux des sciences humaines dans le même campus, alors que pourtant, elle est la fac d'où est parti Mai 68). Dans les filières des sciences humaines notamment, on laisse énormément de place à la réflexion et à la théorisation permanente, à une grande ouverture multidisciplinaire et à une autonomie élargie niveau recherches, ce qui forcément accentue les confrontations de modèles sociaux et d'opinions de toutes sortes.

    Merci beaucoup pour ton enthousiasme ! Personnellement je pense que cela serait possible au lycée car on a déjà un certain façonnement culturel inconscient qui se fait progressivement, mais au collège je ne pense pas que ledit façonnement soit assez accentué pour créer de pareils espaces d'échanges.
     
    #8 Forest-Delirium, 14/5/18
    Dernière édition: 14/5/18
  9. AULP

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    Pour ta première partie merci de l'explication.
    En y réfléchissant je pense aussi.
     
  10. Forest-Delirium

    Forest-Delirium Membre actif

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    Et ce n'est pas seulement du à ça, mais également au merdier indescriptible des méthodes éducatives que nous connaissons en France, qui défonce littéralement le fonctionnement multidimensionnel du collège...et sans doute merdier tout court également, sans vouloir paraître prétentieux, mais bon, sincèrement, qu'est ce qui peut bien marcher dans la société française, à part les fractures sociales et j'en passe ? :')

    EDIT : oh et ce qui marche également c'est de vouloir fusionner ma fac avec deux autres simplement par soucis de thune et de "recherche internationale", tout en faisant genre de consulter les étudiants dans un pseudo-vote électronique qui, de toute manière, sera ignorée. D'ailleurs que pensez-vous de la fusion des facs, contre laquelle je suis strictement opposé ?
     
    #10 Forest-Delirium, 15/5/18
    Dernière édition: 15/5/18
  11. AULP

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    A Rennes ça a pas fonctionné.

    Tu connais un pays ou il n'y a pas de fractures sociales ?
     
  12. Forest-Delirium

    Forest-Delirium Membre actif

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    Je sais, j'en ai entendu parler en tant qu'exemple de la nocivité de la chose, preuve de plus pour ne pas faire pareil. Après je n'ai pas étudié votre cas plus spécifiquement mais je sais que le déficit s'est énormément creusé, à tel point que la "nouvelle université" en vient à chercher l'équilibre budgétaire alors qu'à chaque fois, les amoureux de l'IDEX affirment que cela permettra une baisse des coûts xD

    Bof, je cite la France mais au fond ça doit bien être le cas un peu partout, car par fondement systémique, une société ne peut pas se maintenir en place sans anomalie fonctionnelle
     
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