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Brésil : élection de Jair Bolsonaro

Discussion dans 'International' démarrée par Cocastique, 2/11/18.

  1. Cocastique

    Cocastique Membre

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    Yo !

    Dimanche 28 octobre a été élu au Brésil Jair Bolsonaro, candidat d'extrême-droite, face à Fernando Haddad, candidat du Parti des Travailleurs, avec 55% des voix.

    Pourquoi est-ce que c'est important d'en parler ? Parce que Bolsonaro est un homme politique ouvertement sexiste, raciste, homophobe, pro-torture, anti-écologie et nostalgique de la dictature militaire de 1964-1985. On pourrait croire que c'est une mauvaise blague mais ça ne l'est pas. C'est une catastrophe et un incroyable retour en arrière, parce que devinez quoi : Bolsonaro est un ancien militaire ^^

    Je suis atterré et je comprends pas comment un pays qui est sorti de la dictature souhaite avoir à sa tête un homme nostalgique de cette période. Un homme qui a déclaré que l'erreur de cette dictature était "d'avoir torturé sans tuer".
    Un homme qui, quand il a été accusé de viol, a déclaré que son accusatrice ne "méritait pas d'être violée".
    Un homme qui préférerait que son "fils meurt dans un accident de voiture plutôt qu'il soit homosexuel".
    Un homme qui déclare que ses enfants n'épouseront jamais de noirs car "ils sont bien élevés".
    Un homme qui compte continuer la logique de front pionnier qui est en train de détruire la forêt amazonienne sous prétexte de relancer l'économie.

    Peut-être que c'est dû, entre autres, aux multiples affaires de corruption qui ont impliqué les anciens Président.e.s Lula (qui est actuellement en prison) et Roussef (qui a été destituée), tous deux issus du Parti des Travailleurs. En tous les cas, l'avenir du Brésil et de ses minorités notamment s'annonce sombre. Et c'est extrêmement inquiétant de voir que le géant de l'Amérique du Sud, que l'une des principales puissances émergentes au monde prenne le chemin de l'extrême droite.

    Je ne suis pas super calé sur le sujet, c'est pour ça que je vous invite à ce qu'on en discute parce que j'pense que c'est un sujet extrêmement préoccupant. Et si c'est arrivé au Brésil, pourquoi cela n'arriverait-il pas ailleurs ?

    Bref, à vous.

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    #1 Cocastique, 2/11/18
    Dernière édition: 2/11/18
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  2. Vif'

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    Analyser son élection comme on l'analyserait si elle avait eu lieu en France, c'est ce que la plupart font et c'est évidemment inapproprié. Entendre les nationalistes/identitaires s'en réjouir, god, qu'est-ce que j'aurais envie de les frapper.

    Personnellement, je suis mitigé. Au Brésil un meurtre a lieu toutes les 10 minutes, les gens vivent dans la peur de se faire agresser en sortant de chez eux. Je vais peut-être choquer, mais pour moi c'est un problème bien plus grave qu'avoir des propos sexistes/racistes/homophobes, qui semblent être le principal point d'attaque médiatique. C'est sûr qu'on aimerait que tout se passe bien pour tous dans le meilleur des mondes, et ne surtout pas avoir recourt à des méthodes extrêmes, ceci dit elles pourraient se révéler efficaces. La terreur est malheureusement un très bon moyen de rétablir l'ordre et la sécurité. Économiquement, ça pourrait être une bonne chose aussi, libéralisme oblige. L'investissement a bondi le soir du premier tour. Enfin, bien que le côté "anti-système, non-corrompu" de Bolsonaro soit bien entendu assez faux, si la moralité peut être un minimum rétablie dans la vie publique, c'est toujours un plus.

    Après évidemment il ne faut pas fermer les yeux sur les mauvais côtés, agressions contre les minorités, catastrophe écologique, retour en arrière sur les inégalités socio-économiques, etc. Mais je préfère voir l'histoire faire son oeuvre, et je reste très sceptique sur le "retour de l'hydre brune waaah, la dictature militaire va se remettre en place !". N'oublions pas non plus que le Brésil, comme meilleure puissance émergente, n'est pas fermée au monde et enclavée, elle dépend beaucoup de la diplomatie et des accords internationaux, ce qui veut dire que Bolsonaro aura également des comptes à rendre de son action sur la scène internationale. ;)
     
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  3. FmN

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    La violence et la situation économique peuvent fournir un début d'explication, mais la sociologie du vote montre que c'est pas le seul élément :

    Les classes populaires sont assez largement restées fidèles au PT, tandis que les classes moyennes à supérieures, ainsi que les diplômés, constituent la base de l'électorat de Bolsonaro.

    [​IMG]

    [​IMG]

    Autre stat intéressant, Bolsonaro l'emporte dans 97% des villes les plus riches du pays, contre 98% dans les plus pauvres pour Haddad.

    Au final, les populations qui sont les plus confrontées à la violence et la pauvreté sont celles qui ont le moins choisi l'extrême-droite. Donc ça a pu jouer mais ça n'explique pas tout.

    L'autre élément qui me parait déterminant c'est évidemment l'arrestation de Lula, qui était donné favori avant son incarcération.

    On peut lui adresser, ainsi qu'au PT, de nombreuses critiques mais son action contre la pauvreté et en faveur des classes populaires est indéniable et visiblement celles-ci s'en souviennent.
    Les classes supérieures aussi s'en souviennent, mais pas en bien et étaient largement opposées à sa politique économique.

    De fait, Bolsonaro était largement soutenu par les marchés financiers, les organisations patronales, l'agro-industrie, l'Eglise évangélique, les médias (qui sont au Brésil plus ou moins tous contrôlés par 6 personnes), etc..., des groupes qui étaient vent debout contre Lula.

    Or, même si cette affaire de corruption semble réelle y'a quand même pas mal d’éléments dérangeants dans son incarcération :

    - Elle intervient peu de temps avant une élection où il est donné favori
    - Elle est assez inédite au vu des nombreux autres cas de corruption dans le pays
    - Le juge qui l'a décidé est maintenant membre du gouvernement de Bolsonaro

    Le reste de l'explication est probablement là, l'extrême-droite à été en bonne partie portée au pouvoir par ces milieux. Noam Chomsky avait qualifié ça de "Soft Coup" de l'oligarchie brésilienne et à mon avis on est pas loin de la vérité.

    D'ailleurs beaucoup des médias français (genre Le Monde) qui jouent aujourd'hui les vierges effarouchées ont bien aidé le processus en régurgitant à la lettre les mêmes discours sur Lula sans jamais rien mettre en perspective. Si un truc comme ça d'était passé au Venezuela je pense que le traitement aurait été un rien différent.

    Pour ce qui va se passer dans le futur, je suis sceptique devant les discours catastrophiques type "retour à la dictature", mais y'a pas besoin d'aller jusque là pour s'inquiéter. Pas plus tard qu'hier Bolsonaro a fait part de sa volonté de classer comme terroriste le Mouvement des Sans Terre, une organisation de paysans pauvres qui a permis à près d'un demi-million de familles d'obtenir des terres où s'installer.
     
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  4. Vif'

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    La politique de Lula a été prodigieuse, les résultats en matière de développement, réduction des inégalités socio-économiques tout en maintenant une augmentation de la croissance, l'arrivée sur la scène internationale, les aides sociales et l'augmentation des droits, etc. Lula a fait un parfait jeu d'équilibriste, entre exigences de la réalité et action, entre classes aisées, moyennes et populaires. Lula, c'est l'homme de l'émergence du Brésil. Et donc, à nouveau, il semblait être la figure du sauveur, et malgré l'arrestation pour corruption (qui était justifiée quoi qu'on en dise), le meilleur choix dans la crise politique brésilienne actuelle. Mais la justice est ce qu'elle est, et a fait son travail. Ne sombrons pas dans la logique partisane aveugle, et surtout pas dans la théorie du complot systémique sans les faits, même si en effet, tout dans cette campagne est suspect.

    Notamment le fait que Bolsonaro prend un bain de foule éloigné de ses gardes du corps dans un favelas, et reçoit de manière totalement inattendue un coup de couteau, acté par quelqu'un dont on ne sait rien, et miracle, aucune blessure sérieuse. Mais heureusement, cela lui a permis de bondir dans les sondages ! Personne ne pourra tuer la démocratie.

    Malheureusement, ce sont les règles du jeu, et Bolsonaro va vite y être également confronté. Peut-être est-ce moi, par inquiétude, qui me focalise sur l'idée qu'il mérite son surnom de "Trump tropical", et qu'il a beau déverser sa haine et sa connerie autant qu'il veut, la réalité de l'action sera toute autre.

    Par exemple, Bolsonaro en est déjà à son premier compromis : il reste dans les accords de Paris mais tient à garder sa souveraineté sur l'Amazonie brésilienne. Compromis de merde, on est d'accord, mais ça en reste un.

    Je maintiens un point : on ne comprend jamais aussi bien un phénomène que directement sur le terrain, en le vivant.
     
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  5. pbj

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    Je pense qu'il faut aussi analyser les résultats de l'élection sous le prisme d'un fait politique que l'on constate actuellement en Amérique latine: le reflux du bolivarisme.
    Le bolivarisme moderne est apparu à la fin des années 90. IL s'agit d'un mouvement prenant ses racines dans la pensée de Simon Bolivar, libérateur de l’Amérique du sud. Les bolivariens, avec lequel Lula était proche, se centraient sur trois idées principales:
    -Libérer le continent de l’impérialisme états-uniens et du monopole souvent sanglant que les grands trust yankee avaient sur les ressources sud américaines
    -Unir les peuples d’Amérique latine, du Mexique à la Patagonie
    -Redistribuer les ressources, créer une république juste et sociale.
    Le bolivarisme fut durant les années 2000 une force vive, puissante: il prit électoralement le pouvoir au Venezuela, En Équateur, en Bolivie, En Argentine, En Urugay, Au Brésil, et dans de nombreuses îles des caraïbes. Son bilan est fantastique, comme Vif' le souligne pour le Brésil. Démocratie, réduction des inégalités, baisse drastique de la pauvreté, recul de l'impérialisme, ect.
    Le reflux auquel nous assistons s'explique par l'autoritarisme grandissant de certain de ses chefs (Maduro et Evo Morales par exemple), et par la corruption rampante qui a finit par corrompre en partie la tête de ce mouvement.
    La droite, après vingt ans de léthargie, est passée à l'offensive. L'argentine et Le Bresil sont retournés aux mains de leurs anciens propriétaires.
    La défaite du PT au brésil, c'est aussi la fin d'une certaine époque.

    Le désespoir n'est pas de mise cependant. La récente victoire des bolivariens au Mexique montre que ce mouvement est encore bien vivante. Le Mexique deviendra peut-être un nouvel épicentre de la gauche aux Amériques, qui sait.
    La situation du Brésil n'est pas désespérée . Bolsonaro n'a pas les mains libres. Le Brésil dispose de nombreux contre pouvoir. Rappelez vous que Michel Temer, président par intérim (droite) a échoué à lancer une nouvelle vague de déforestation en Amazonie qui aurait put détruire l'une des plus grandes réserves naturelles de la zone, malgré tout le pouvoir des lobbies. Le tribunal constitutionnel et les régions fédérales ont leur mot à dire. Le parlement est fragmenté en une quinzaine de partis, et le PT a encore la majorité relative. Les indigènes et les ONG se battront.
    Rien n'est joué.


    edit: la cour suprême vient justement de mettre un premier bâton dans les roues du président:

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    #5 pbj, 3/11/18
    Dernière édition: 3/11/18
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  6. FrenchPatriot

    FrenchPatriot Légende

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    Bonjour tout le monde !

    Je suis pour ce que certains appellent l'extrême droite en France et en Europe (RN, FPÖ, LEGA, KNP, ND, Volya, AfD, VB...) mais personnellement, je n'aurai pas voté pour Jair Bolsonaro ni pour Fernando Haddad d'ailleurs.

    Tout d'abord pour le fait qu'il soit nostalgique de la dictature, pro-torture, homophobe, sexiste....
    ça va être un désastre écologique, déjà que les USA sont sortis des pactes écologiques ou je ne sais pas trop quoi, si le Brésil fait pareil....

    Après peut on vraiment comprendre malgré des analyses, la situation du Brésil n'est pas du tout la même qu'en France, les riches au Brésil apparemment votent pour les populistes, en France c'est majoritairement le contraire entre le Rassemblement National et La France Insoumise et il y a pleins d'autres facteurs.
     
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