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A quoi sert la littérature ?

Discussion dans 'Débats' démarrée par Volodia, 11/8/17.

  1. Volodia

    Volodia Membre actif

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    J'ai lu, il y a deux/trois mois, une lettre d'Umberto Eco à son petit-fils (Vous pouvez la trouver ici :

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    Je vous conseille de la lire, c'est vraiment bien). Il y évoque l'importance de la mémoire, une mémoire pour se souvenir des événements passés et présents, bien évidemment, mais aussi une mémoire pour vivre des expériences que l'on ne pourrait, en aucun cas, vivre. Et c'est là où la littérature entre en jeu. Finalement, ne permettrait-elle pas de nous faire profiter, au travers du livre, d'une expérience hors du commun, et donc aller au-delà que le simple divertissement ?

    Qu'en pensez-vous ?
     
  2. AL4EVER

    AL4EVER Invité

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    Bien évidemment ! Et la littérature est bien plus que ça. Elle permet d'étudier et analyser en profondeur le monde dans lequel nous sommes, la société, la condition humaine et notre évolution au cours du temps, et ce de par un autre angle que l'explication purement scientifique.

    Prenons les mouvements littéraires: l'Humanisme, par exemple, est apparu à une époque où l'Homme occidental a découvert de nouvelles terres et donc de nouvelles civilisations. Ainsi, elle a posé la question de ce qu'est l'humain, quels sont les mystères qu'il recèle, ses caractéristiques etc. et a donc conduit aux nouvelles façons d'aborder l'humanité, comme les Essais de Montaigne qui, à bien des égards, n'est non pas une oeuvre philosophique mais bien littéraire, moralisatrice.

    La littérature capture des périodes de l'Histoire et nous donne un aperçu du point de vue, des idées selon les époques (Ex: la Fontaine, exposant la Cour du roi à travers ses poèmes), et des leçons qu'on peut en tirer, ou juste un témoignage, une trace dans le temps.
     
  3. Gwendor

    Gwendor Nouveau membre

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    Ces questions m'embarrassent par la complexité qu'elles portent en germe. Qu'est-ce qu'un divertissement ? Si l'on en revient à l'étymologie même du mot, on peut l'appréhender dans deux sens différents (

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    ). Pour répondre à ta question, c'est sur la notion de divertissement qu'il me semble falloir s'interroger, avant toute chose.

    Il est, en propre, le moyen par lequel un individu peut se détourner de la voie qu'il a empruntée et qu'il suivra, dans bien des cas, jusqu'à sa mort. C'est un subterfuge qui permet, l'espace d'un moment, d'oublier sa condition, de s'abstraire de son quotidien. Ressentir le besoin de s'oublier et d'échapper à son existence, disons prosaïque, est une preuve irréfragable qu'elle disconvient à la sensibilité de l'être contraint d'y participer. J'entrevois un problème existentiel dont la gravité me fait trembler. Je n'ai pas envie de suivre une vie dans laquelle tout m'est sujet d'irritation. Qui le voudrait ? Il est vrai qu'il serait possible d'ouvrir une parenthèse (sans pouvoir jamais la refermer) sur la question de la sensibilité, de l'inadéquation entre la vie qui s'offre à nous et la manière de la percevoir, de la ressentir. Beaucoup d'entre nous n'accèdent pas à ses doutes, à ses interrogations, que je qualifie d'ontologiques. C'est.. dommage, mais compréhensible, dans la mesure où je crois que seul l'Art, dont la Littérature fait indéniablement partie (quoique j'exclue l'histoire, en tant que discipline scientifique, de la Littérature. Non, je n'ignore pas que des pages d'Alphonse Dupront ou de Patrick Boucheron puissent être magnifiques, émouvantes, mais admettez !), ouvre le chemin à ces questions concernant les modalités de l'être, de son rapport au monde. La Littérature, mais l'Art en général, a une fonction transcendante à accomplir (oui, c'est une injonction que je formule !). Elle restitue l'expérience du réel qu'un auteur à pu faire ou dont il a voulu rendre compte et à ce titre mérite d'être considérée, quelle qu'elle soit. De l'album de BM néo-nazi aux pages de Victor Hugo, nulle hiérarchie à mes yeux, que des différences ! La littérature est un divertissement, oui, puisqu'elle ouvre, décloisonne, les horizons et en ceci désigne une variété de chemins (qui sont des moyens de quitter le sien), qui nous seraient demeurés inconnus sans elle. Il est possible d'attribuer de la noblesse et de la beauté à ce terme de "divertissement". Seulement, je subodore déjà un autre souci, existentiel lui aussi, mais tout autant politique (je suis encore sensiblement influencé par ma lecture récente de Foucault). Envisagez à quel point il serait dangereux, il EST dangereux, de maintenir un monopole et une hiérarchie sur les divertissements, au sein desquels l'Art fait corps. C'est restreindre le champ des possibles de toute une société, la priver de potentialités de libérations. Je me demande, d'ailleurs, si enfermer l'Art, ou la Littérature si vous préférez, dans cette catégorie des divertissements (dont on essaie souvent de la retirer maladroitement), n'est pas déjà un moyen de la discréditer, en bonne partie. Il y a une convergence entre ce que l'on appelle divertissement (et dont, ce me semble, on attend un plaisir fugace, qui en contient virtuellement des tas d'autres) et ce que certains littérateurs mettent dans leurs œuvres, pour satisfaire les goûts du public par lequel ils pensent être lus. C'est une pratique qui ne date pas d'hier mais qui par une effusion pourrait être reportée, par des lecteurs déçus, sur toute la Littérature. La futilité d'une partie des œuvres qui paraissent chaque année fait autant de mal à la Littérature, et par voie de conséquence aux possibles qui demeurent endormis dans l'être, que le mésusage de ce que nous pourrions, d'une manière pompeuse et élitiste, appeler la Grande Littérature. Je ne crois pas que la majorité de nos pareils soit capable d'apprécier du Racine à l'âge de 15 ans, ce qui est tout naturel. La contrainte, l'école, en général, est une manière de les en dégoûter. C'est une idée que les discussions que j'ai pu avoir m'ont confirmée ! Paul Léautaud ne disait-il d'ailleurs pas que l'école n'était bonne qu'à former des "ânes à diplômes" ? Passons...

    Je ne sais pas quoi répondre, quoi penser de l'idée que tu nous exposes. J'ai rédigé ma pensée d'un trait de plume, ce qui en explique l'absence de structure et, je le crains, la confusion. Au résumé, le terme de "divertissement" ne me convient pas. Il peut avoir deux valeurs complètement opposées. Il est incontestablement loisible de pénétrer l'univers mental d'un auteur ou d'une société, à une époque donnée, mais... je reste (peut-être trop fidèlement) attaché à ces mots que Nietzsche a écrits, dans sa Seconde Inactuelle : "L'homme moderne, en fin de compte, traîne avec lui une énorme masse de cailloux, les cailloux de l'indigeste savoir qui, à l'occasion, font entendre dans son ventre un bruit sourd, comme il est dit dans la fable. Ce bruit laisse deviner la qualité la plus originale de l'homme moderne : c'est une singulière antinomie entre un être intime à quoi ne correspond pas un être extérieur, et vice et versa." Vivons, c'est-à-dire agissons, nourrissons-nous de ce dont nous avons besoin (par extension, toujours). Je ne peux parler qu'en mon nom. Je préfère éviter d'imposer une finalité aux choses (bien qu'elles puissent en comporter à mes yeux), ça les rend répulsives à ceux qui ne partagent pas mes vues et qui... oh... c'est entendu, hein ?

    Je n'ai pas répondu pertinemment à ta question, mais ma réponse m'intéresse alors je la publie, ahaha, sans l'avoir finie du reste ! Il y aurait tant à dire...
     
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