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Reconnaître le fascisme, d'après Umberto Eco [Edit]

Note:
3/5,
  1. Chouette Noire
    Umberto Eco (1932-2016) est un intellectuel italien, tour à tour professeur de philosophie et romancier. Il publie, au courant des années 1990, un petit essai, Reconnaitre le fascisme, qui va me servir de base pour l'article ci-dessus.

    Umberto Eco distingue le fascisme de ce qu'il appelle l'ur fascisme, c'est-à-dire le fascisme des origines, le fascisme primitif. Il suffit qu'une seule des caractéristiques de l'ur fascisme soit présente dans la vie politique et dans les têtes pour que des groupes fascistes ou néofascistes s'agrègent et commencent à émerger. Voici la liste des caractéristiques, illustrée avec des exemples contemporains dans la mesure du possible.

    - Le culte de la tradition et l'ancrage dans un passé mythifié. Le fascisme trouve des racines dans l'exaltation d'un passé parfait, représenté comme l'alpha et l'oméga de la culture, du raffinement et de la civilisation. Il faut donc s'inspirer de ce passé, voire le revivre, pour permettre à la Nation de retrouver sa gloire passée et de la dépasser.
    Exemple :
    Le logo de Bloc identitaire qui représente un sanglier, symbole des Celtes, une population ayant colonisé le continent européen et établie avant et pendant l'Antiquité greco-romaine.
    Les appels de Marine Le Pen à défendre les crèches dans les mairies en raison d'une défense de la tradition :
    La réactivation de la mémoire de Franco en Espagne, des Oustachis en Croatie, etc.

    - Le rejet du modernisme (par modernisme, entendez la Révolution française et ses acquis comme la DDHC, les Lumières, la Renaissance, etc.).
    La glorification d'un passé mythique s'en accompagne. Le fascisme refuse toute évolution politique ou sociale ne correspondant pas aux origines d'un peuple, origines qui se voient essentialisées (un esprit français qui plane depuis toute éternité sur nos consciences, une Hongrie ayant toujours été un chevalier du Christ face aux hordes musulmanes ottomanes, etc.). Toute évolution politique, spirituelle ou sociale se voit donc rejetée et accusée de corruption envers l'intégrité et l'essence de la Nation, forcément pure.
    Exemple :
    Les royalistes de l'Action Française, refusant la République, la Réforme et la Révolution ainsi que leurs acquis.

    - Le culte de l'action perpétuelle et la violence comme moyen d'expression politique et de soumission.
    Le fascisme est une idéologie qui appelle à l'action. Elle exalte la force, la soumission, la domination. Les exclus ou les plus faibles n'ont pas leur place dans un régime fasciste. Ils doivent être éradiqués dans une volonté de purifier la Nation de ses parasites.
    Exemple :
    Les ratonnades menées par le GUD dans les années 1980, les agressions d'opposants politiques, de migrants.

    - Le refus de l'esprit critique (en lien avec le modernisme).
    Exemple :
    La tendance au révisionnisme historique comme le cas de Robert Faurrisson.

    - La frustration individuelle ou sociale de groupes sociaux distincts.
    Exemple :
    Le contexte économique et social des années 1920-1930 en Europe ainsi que le contexte actuel dans la plupart des pays européens.

    - La vie doit être vouée à la lutte, souvent à mort, contre un ou plusieurs ennemis intérieurs ou extérieurs. La lutte n'amène pas à la vie mais la vie doit être une lutte pour les fascistes. Les ennemis sont clairement identifiés mais néanmoins divers en fonction des fascismes. Il s'agit le plus souvent de minorités religieuses (juifs, musulmans, hindous, etc.), de minorités politiques (partis opposants, activistes, syndicats) de minorités sexuelles (homosexuels, etc.) ou de minorités raciales. En bref, tout ce qui ne colle pas à la norme pensée par les fascistes.
    Exemple :
    La campagne d'affiches antisémites orchestrée par le Jobbik (parti d'extrême-droite hongrois) en 2017 à l'encontre de Georges Soros, financier juif d'origine hongroise : http://www.liberation.fr/planete/2017/07/15/viktor-orban-la-haine-en-tete-d-affiche_1584032
    Les agressions de migrants et de personnes considérées comme clandestines par des membres d'Aube Dorée (parti néofasciste grec, entrés au Parlement) : http://www.liberation.fr/planete/20...ee-multiplient-les-attaques-violentes_1632467

    - L'élitisme et une hiérarchie sociale très forte. Le fascisme légitime les hiérarchies. En premier lieu vient le Chef, guide de la Nation. Le Chef est le seul étant dépositaire de la Vérité et de la Raison. Il est donc logiquement en haut de la pyramide. Ensuite, viens la Nation, soumise à la volonté unique du Chef. Ca n'est pas un hasard si le surnom d'Hitler était Führer, le Guide, en allemand.
    Exemple : Les sociétés fascistes et nazies avant la WWII.
    Exemple : le culte du chef, du Duce, du Führer. Le fonctionnement du NSDAP et de partis politiques comme la Dissidence française, le fonctionnement du FN.

    -La culture du machisme et de la virilité guerrière.
    Pour asseoir sa domination, le fascisme valorise à l'excès des caractères physiques et comportementaux issus de l'armée et d'un imaginaire de la virilité : la force, la puissance, la robustesse, l'obéissance aveugle, la loyauté à toute épreuve. Cette culture se porte aussi bien dans l'éducation fasciste, dans l'armée mais aussi dans l'intimité des familles. Les femmes doivent se soumettre au mari sur tous les plans. Le fascisme est aussi conquérant et veut étendre sa domination au-delà des frontières.
    Exemple :
    L'utilisation du lambda par Génération Identitaire, symbole peint sur les boucliers des Spartiates à l'époque antique.
    L'emploi de termes guerriers comme dissidence, combattants (c'est le cas d'Aube Dorée par exemple).

    - L'exaltation de l'héroïsme. La virilité guerrière ne fonctionne pas sans des héros. Le fascisme érige des modèles à suivre et incite la Nation à se dépasser à tout instant pour honorer la Volonté du Chef et sa propre gloire.
    Exemple :
    La propagande de guerre du NSDAP, l'art nazi ou fasciste.
    La valorisation de certaines figures comme Jeanne d'Arc, Widukind, Charles Martel, présentés comme des résistants face à un ennemi que l'on doit combattre, en faisant bien souvent fi de la réalité historique.

    - L'utilisation d'une novlangue : La novlangue est un principe développé par George Orwell dans 1984. La Novlangue consiste à détourner les mots de leur usage en les complexifiant, en les raccourcissant ou en les employant à la place d'autres mots, de manière à restreindre l'éventail de concept disponible à l'être humain pour décrire la réalité, et donc la penser. Il en résulte également un langage simplifié qui correspond à des solutions simplistes.
    Exemple : Le LTI, la langue du IIIe Reich, la reprise systématiques de terminologie empruntée à d'autres familles politiques, le "nous ne sommes pas nationalistes, nous sommes pa-tri-otes".

    A l'heure ou l'extrême-droite progresse rapidement dans de nombreux pays comme la Grèce, l'Italie, la Hongrie, l'Ukraine, le Royaume-Uni, il m'a paru important de vous proposer cette petite piqûre de rappel. Définir l'extrême-droite pose problème : le terme de ne fait pas consensus, surtout auprès des militants d'extrême-droite qui considèrent ce terme comme une insulte. Que l'on soit clair, je ne dis pas que les extrêmes-droites regroupent toutes les caractéristiques ci-dessus. Elles sont néanmoins toutes des organisations proto-fascistes voire fascistes assumées. Par ailleurs, certaines caractéristiques se retrouvent dans d'autres partis politiques. C'est un devoir d'être vigilant.

    PS : si vous avez besoin d'autres sources, n'hésitez pas à me le demander.

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    Éphémère, pbj, Skreen et 2 autres personnes aiment ce message.

Critiques récentes

  1. FrenchPatriot
    "PAS MAL MAIS..."
    3/5, Note : 3/5 30/8/18
    Pas mal mais ne devrait pas citer le nom des partis, parce que ce n'est pas reconnaître, c'est dénoncer !
    Éphémère aime ce message.
    1. Chouette Noire
      J'expose des faits souvent sourcés. J'y peux rien si c'est le fonctionnement, les idées et les actes de l'extrême-droite se confondent avec le fascisme.

Commentaires

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  1. Vif'
    Intéressant ! Je pense qu'il faut, à mes yeux, distinguer les éléments fascistes qui ont persistés par héritage culturel, idéologique et social, de la réelle volonté de revenir à une quelconque forme de fascisme. Néanmoins, je trouve l'effort de caractérisation assez intéressant, bien que plutôt léger.
    1. Chouette Noire
      Si cela t'es resté comme héritage, c'est que tu y accordes une importance et que tu considères qu'il y avait quelque chose de bon. C'est une caution. Ca n'est pas pour rien que l'Italie et surtout l'Allemagne, mais aussi des pays comme la Croatie, la Grèce, etc. qui ont vécu sous des régimes fascistes ou d'extrême-droite ont ensuite tout fait pour liquider ce passé de l'espace public et travailler sur cette mémoire.
      Je ferais probablement d'autres ajouts au fur et à mesure.
      Vif' aime ce message.
  2. FrenchPatriot
    Avant même de lire, je savais déjà qui était le posteur ! :D

    T'as oublié l'Autriche (au pouvoir) dans le dernier paragraphe et aussi l'Allemagne (90 députés au Bundestag.)

    Même si je ne suis pas d'accord avec tout, j'ai appris des choses !
    1. Chouette Noire
      Oui, je n'ai pas tout cité. J'ai parlé des cas que je connaissais le mieux, j'ai pas trop parlé du Royaume-Uni, de la République tchèque, de la Pologne, etc. Pour ça, y a des documentaires. Je peux t'en filer si tu veux.
      FrenchPatriot aime ce message.
    2. FrenchPatriot
      Non c'est bon merci, la Pologne, la CZ et l'Autriche-Allemagne, je connais bien !