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Keltia episode 2: une courte histoire de la bretagne et du breton (partie 1)

Par pbj, 12/5/19 | |
  1. pbj
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    Demat ! Nous avons, dans l’épisode précédent, survolé rapidement les différentes langues celtiques. Aujourd’hui, nous allons faire focus sur l’histoire de la langue bretonne, de son apparition jusqu’à la fin de l’indépendance de la Bretagne.




    I Antiquité, apparition et âge d’or

    Comme vu précédemment, la Gaule était de tradition pleinement celtique au moment de la conquête romaine.
    Néanmoins, trois siècle de domination de Rome ont aboutis à la création d’une culture dite gallo romaine. Les invasions ‘’barbares’’ donnent comme résultat à un immense brassage culturel dans la majeure partie du pays. La culture celtique évolue partout en Europe continentale, les langues disparaissent sans violence.
    Néanmoins, la Bretagne est une région ou la culture celtique est resté bien vivace sous un verni romanisé, ce qui est particulièrement rare à l’époque. Une multitude de facteurs expliquent ce phénomène, mais nous ne nous appesantirons pas là dessus (dans un autre épisode, peut-être). Toujours est-il, qu’à partir du IIIe siècle, l’empire romain commence à s’effondrer lentement : la pression des barbares sur les limes, les conflits internes, les révoltes (la Bretagne fait plusieurs fois sécession, proclame ses propres empereurs et souverains, souvent des chefs militaires romains en quête de gloire) aboutissent au délitement de l’empire, qui ne dispose plus de la capacité nécessaire pour défendre son territoire. Des royaumes indépendants se forment, en Cornouaille notamment. (attention, ne pas confondre les Cornouailles an Angleterre et la Cornouaille en Bretagne)

    L’empire et les seigneurs locaux font alors appel aux bretons insulaires, ceux de l’île d’Angleterre, notemment Gallois et Cornois pour sécuriser le territoire, face aux menaces des Franc, des Vandales et des Huns. Ces Bretons-là sont à cette époque progressivement chassés de leur terre sous la pression des Pictes et des Angles et des Saxons (les fameux anglos-saxons) qui s’approprient l’ile d’Angleterre. On assiste alors à une gigantesque vague migratoire (des réfugiés, déjà à l’époque), de milliers de celtes des Iles qui viennent habiter en Bretagne. Cela représentera bientôt un tiers de la population totale de la Bretagne, en un siècle ! Les nouveaux arrivants amènent leur langue, leurs coutumes, qui, elles, sont très faiblement romanisées.
    Les nouveaux arrivants peuplent massivement l’ouest du pays, se mélangent pacifiquement à la population. Le Gaulois se mêle au britannique, et la langue Bretonne, dans sa forme la plus archaïque, apparaît, vers le VIe siècle. On parle de vieux Breton. On observe donc très clairement que le Breton, et la Bretagne, se sont formés sur un mélange de cultures, sur des migrations et un vaste brassage historique.
    A l’est, néanmoins, sur un territoire qui se compose globalement des actuels départements d’Ile et Vilaine et la Loire Atlantique, le cosmopolitisme des villes de Rennes (Roazhon) et Nantes (Naoned) associé à la progression des peuples de l’est, amoindrit l’influence celte. Le gaulois latinisé demeure prépondérant, sous une version particulière. Cette idiome donnera progressivement le Gallo, c’est à dire le dialecte du français parlé en Bretagne.
    (attention, ne pas confondre langue et dialecte: le dialecte est une sous branche particulière d’une langue. Le gallo est situé dans la famille linguistique du français, le Breton est une langue propre qui dispose de ses propres dialectes. Lisez un texte en gallo, vous le comprendrez aisément, en revanche, le breton est incompréhensible pour un non initié)


    A la fin du Ve siècle, les franc arrivent en Bretagne, lors de leur expansion. Leur roi, Childéric, est défait par les Bretons. Clovis, son fils, échoue à son tour. Néanmoins, au fil des décennies, Nantes, Rennes, et les territoires qui les environnent, tombent sous contrôle Franc. Cette zone, qui va globalement du mont saint Michel à Guérande, devient la marche de Bretagne : une zone tampon, pour contenir les rois Bretons belliqueux et turbulents des pays de Vannes notamment.
    Les Franc tenteront d’envahir ce territoire à huit reprises,entre 735 et 830 : ce sera à chaque fois un échec. Charlemagne lui-même parvient tout au plus à faire ployer temporairement le genou aux rois locaux, qui se rebellent dès qu’il a le dos tourné. Les noms de chefs de guerre tels que Wormac’h ou Morwan sont restés dans la légende pour leur habileté au combat et leur refus de toute domination étrangère.
    Les Bretons et leur langue progressent au fil du délitement de l’empire des franc. Le Breton atteint au IX siècle le centre de l’Ile et Vilaine: il est parlé jusqu’à Dol. Le nord de la Loire Atlantique parle aussi Breton, un fait qui restera observable jusque dans les années 50.

    Épuisé à la fois par la progression des Bretons et les invasions de ses voisins, le roi Franc Louis le Pieu comment une erreur mortelle: pour avoir la paix, il nomme un noble Breton gouverneur de toute la Bretagne, de Nantes Au Finistère : un certain Nominoe. Aussitôt que Louis a le dos tourné, Nominoe prend les armes, rassemble tous les seigneurs de Bretagne sous sa bannière (une première), marche sur les franc et leur inflige deux défaites cuisantes, à Messac et Balon en 845. Il s’agit de l’acte de naissance de la Bretagne comme royaume uni qui prendra rapidement Nantes comme capitale.
    Les successeur de Nominoe, en particulier les rois Epristoe et Salomon, pousseront leur territoire sur le Cotentin et la Vendée.
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    Nominoe, vision d'artiste

    La fin du VIIIe siècle et le début du IXe sicèle sont un âge d’or pour le Breton et la culture celtique. Le roi et sa cours sont tous bretonnants. Ils entretiennent des liens très étroits avec les territoires restés celtiques sur les Îles Anglos Normandes, et leur puissance militaire rivalise avec les plus puissants seigneurs francs. Des relations sont ouvertes avec les clans celtes de l'Ile d'Hibernia (Irlande)

    Mais cet âge d’or sera brisé par l’apparition des vikings : au Xe siècle, profitant d’une querelle de succession, ceux-ci chassent les rois Bretons et installent un royaume sur place, toujours avec Nantes comme capitale. Ils y resteront trente ans, avant qu’Alain Barbetorte, fils d’un noble exilé sur l’Ile de Bretagne, ne regagne son pays et chasse les vikings, avant de vaincre ses rivaux et de se faire proclamer roi, un siècle après Nominoe. De parfait inconnu, il devient en quelques années maître incontesté de la Bretagne, ce pourquoi il avait été formé par sa famille dès sa naissance.
    Contrairement à la Normandie, l’influence Viking en Bretagne a été minime.

    Alain Barbetorte, devenu roi de Bretagne, doit faire face aux franc toujours plus puissants, ainsi qu’aux velléités expansionnistes des anglais. Il sait que cette fois-ci, le royaume de Bretagne ne peut gagner sur deux fronts à la fois. Il prend alors la décision la plus sage : il ploie le genoux face au roi des Francs Louis IV, en 932. Le royaume de Bretagne aura duré un siècle. Néanmoins, Alain est quelqu’un d’intelligent : il sait pertinemment que le roi n’a peut objectivement contrôler ses puissants vassaux. Le duché de Bretagne est dans les faits totalement indépendants, et son allégeance n’est que théorique. Elle sera pourtant suffisante pour les les rois des Franc, puis de France, en soient satisfaits.


    La Bretagne, duché indépendant 932-1532
    L’histoire du duché de Bretagne est trop vaste pour être évoquée en détails ici.
    Le duché se renforce au fil des siècles, avec Nantes comme seule capitale, mais Rennes exerce aussi une influence majeure.
    L’aristocratie Bretonne subit très rapidement l’influence du français, et perd sa langue. En revanche, le Breton reste très majoritaire dans les deux tiers les plus à l’ouest du pays, dans le nord de la loire atlantique. Certaines poches restent Bretonnantes dans le tiers est, comme Saint-Malo. Le reste des terres parle Gallo, c’est à dire un patois issu du français, très compréhensible pour un néophyte.

    Les ducs de Bretagne se proclament ‘’ducs par la grâce de Dieu’’, ce qui est un affront fait au roi, font battre leur propre monnaie, se mêlent de nommer des évêques.. surtout, ils refusent de prêter ‘’hommage lige’’ au roi, mais hommage simple, c’est à dire non pas hommage de vassal à suzerain, mais d’égal à égal. Cela aura son importance par la suite. Cette politique volontariste enrichit fortement le duché, qui exerce une influence certaine alentours tant politiquement que linguistiquement. (par exemple, en français, le mot actuel bijoux provient du Breton bizou qui signifie ‘’doigts’’). La Bretagne se rapproche de l’Angleterre lorsque le roi se fait trop autoritaire, et n’hésite pas à faire démonstration de force, comme lorsque les ducs envahissent la Normandie en conquièrent le mont saint michel au XIIIe siècle.

    Dans le même temps, la littérature et la poésie bretonne fleurissent. La nature profondément orale de la langue fait que cette émulsion culturelle profite aussi aux paysans analphabètes : n’importe quel paysan ne sachant ni lire et écrire est capable d’improviser des poèmes oraux. on observe la renaissance d’anciennes pratiques celtiques, comme les gwerz et les kann ar diskann (poèmes oraux scandés qui se répondent, parfois improvisés). La harpe celtique, ou telenn bras, est aussi très populaire. La danse occupe une place prépondérante : chaque journée de travaux aux champs s’achève sur des danses collectives que l’on peut retrouver dans tout le monde celtique.
    Le pays, bien que profondément chrétien, reste fortement marqué par le paganisme. Les Bretons adorent des dizaines de saints non reconnus par Rome, qui sont d’anciennes divinités païennes récupérées par les premiers moines.
    Le Breton recule sous l’influence du français. Même si il conserve un fort dynamisme. Il se décompose en plusieurs dialectes distincts, comme le Vannetais dans le sud ou le Trégorois dans le nord. Les ducs ne sont plus bretonnants. On remarque une cassure linguistique nette entre les masses paysannes et les élites nobles.

    La Bretagne va balancer entre l’influence anglaise et l’influence française, durant de nombreuses années. Globalement, les seigneurs qui souhaitent s’affranchir de la puissance voisine cherchent l’alliance avec l’Anglais, à l’image de la maison de Montfort. Inversement, d’autres seigneurs désirent resserrer leurs liens avec la France, à l’image de la maison Blois.

    Alors, en 1341, lorsque le Duc meurt sans héritiers et que les deux prétendants sont respectivement un Montfort et un Blois, la guerre ne peut qu’éclater, qui plus est, dans le contexte du début de la guerre de cent ans : la Bretagne est un enjeux absolument crucial.

    Le conflit s’achèvera en 1364 par l’écrasement des pro-français (pourtant menés par un certain Bertrand du Guesclin) , et l’entrée de la Bretagne dans le giron anglais...pour quelques années, puisque les nobles bretons finissent par se rebeller, et chasser leur duc, Jean V ! Raison : ils n’ont pas appréciés de voir leur indépendance menacée par leur voisin outre-manche. C’est alors au tour du roi de France de tenter sa chance en marchant vers la Bretagne. Retournement de situation, la noblesse reprend les armes, et fait rappeler le duc réfugié en Angleterre. Celui-ci chasse les français. De cet épisode pour le moins inhabituel, les bardes tireront une chanson : an alac’h




    La guerre de cent ans se termine. Dans le même temps, les rois de France consolident leur pouvoir, et soumettent les grands féodaux qui leur tenaient tête, un à un. La Bourgogne tombe en 1477, et laisse la Bretagne seule face à la France. Dans le même temps, le duc François II a de grands projet : il pousse vers l’indépendance, multiplie les initiatives. Son but est de retrouver une pleine souveraineté.

    Le roi de France, Louis XI, est un homme rusé qui ne rêve que d’unifier le pays. Il va alors saisir une occasion parmi d’autre : comme dit précédemment, les duc de Bretagne refusent de rendre hommage lige au roi : ce sera le motif invoqué pour annexer purement le territoire. Mais François II ne compte pas se laisser faire. Le roi tente à plusieurs reprise d’envahir le pays, mais chacune de ces tentatives se solde par un échec. Il sera même assiégé dans Paris par les féodaux.

    La couronne va alors miner le duché de l’intérieur, en payant grassement la noblesse à l’image de la maison de Rohan, promettant terre et pouvoir contre soumission, jusqu’à ce qu’une révolte éclate en 1487. Immédiatement, l’armée française forte de 20 000 hommes rapplique, et assiège Nantes, défendue seulement par 5000 hommes. Mais la ville tient bon, et le duc fait demis-tour pour voler à son secours, mettant l’envahisseur en déroute.

    Le roi de France joint ses forces à celle de la noblesse, et avance sur le duc. Les Français et leurs alliés sont au nombre de 15 000 contre environ 11 000 pour les Bretons. (signalons en revanche que parmi les Breton, combat à pied..le duc d’Orléans, futur Louis XII, futur roi de France! Cela, dit-on, par amour pour Anne, la fille du duc, même si la réalité est en partie plus prosaïque.)
    La Bataille est terrible, son issue incertaine, mais après une journée entière de combat, l’armée ducale est écrasée, principalement en raison de son infériorité technologique. C’est la fin de l’histoire pour François II qui meurt de tristesse, et doit marier sa fille, Anne, au roi.
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    Anne de Bretagne se retrouve mariée à 12 ans à un inconnu qui souhaite annexer son duché, dans un cour qu’elle ne connais pas. Mais Anne de Bretagne a deux atouts : sa beauté et son intelligence remarquable. Elle parvient à amadouer le roi, le séduire, et le manipule si bien que le duché conserve son autonomie. Lorsque le roi meurt (en se cognant la tête contre une porte), on la marie pour la deuxième fois à un roi, afin de préserver l’alliance : il s’agit de Louis d’Orléan, qui combattit côté Breton à saint aubin du cormier, et qui a, semble-il, le béguin pour Anne depuis un bout de temps. Et le scénario se répète : séduit, Louis ne touche pas à la Bretagne.
    Il faut attendre la mort d’Anne pour que sa fille Claude se marie à François Ier, et que le traité soit enfin signé en 1532 : l’union de la rance et de la Bretagne est consommée.

    C’est la fin de la Bretagne indépendante.

    La langue Bretonne, quand à elle, se maintient comme langue des masses paysannes à l’ouest de la Bretagne, et au nord du pays Nantais. Les élites l’ont abandonnés pour le Français depuis longtemps.

    Dans le prochain épisode, nous évoquerons l’Histoire de la Bretagne sous l’ancien régime, puis la révolution, et, plus particulièrement, sur la politique de destruction du Breton voulue par Paris.

    Bonus : je mettrai désormais dans chacun de mes épisodes un peut de musique celtique, à découvrir, en différentes langues :

    -Mairead Nan Cuiread, gaelique écossai





    -Tha'm buntáta mór , gaelique irlandais





    -Menez unan, du bon punk rock bretonnant par les ramoneurs de menhirs





    Ken ar Wech all!

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